Wits Business School et ses 200 cas pédagogiques : 1er partenaire africain

Bonne nouvelle pour les professeurs de gestion et autres lecteurs d’études de cas. Nous sommes présentement en train d’ajouter à notre catalogue plus de 200 cas pédagogiques en anglais provenant de Wits Business School (WBS).

Wits Business School

École de gestion de l’Université de Witwatersrand à Johannesburg (Afrique du Sud), l’un des principaux instituts tertiaires d’Afrique, la mission de WBS est de former les leaders qui façonneront l’Afrique de demain. Elle vise à offrir un apprentissage de la gestion prenant en compte les défis et opportunités du continent africain tout en ayant une fine compréhension du contexte global dans lequel s’insère le marché africain. WBS utilise la méthode de cas pour mieux accompagner ses étudiants dans leur formation en gestion.

Pour en savoir plus sur WBS, visitez leur site web.

La collection de cas de Wits Business maintenant disponible sur eValorix

Créé en 1999, le centre de cas de WBS est le premier éditeur de cas pédagogiques du continent africain. En date d’aujourd’hui, plus de 200 cas portant sur des compagnies telles que Nando’s, Harley Davidson, AngloGold, Discovery ou encore SABMiller ont vus le jour. Ils couvrent les différents domaine de la gestion : stratégie, finance, économie, etc. Ils permettent d’aborder les spécificités de l’environnement commercial en Afrique du Sud, spécificités difficilement abordables avec des cas internationaux.

Ces cas pédagogiques seront ajoutés au catalogue d’études de cas sur eValorix dans les prochaines semaines.

Voir les cas de la collection WBS.

Le CHU Sainte-Justine : des outils pour la santé des enfants et des mères du Québec

Partenaire de la première heure, le CHU Sainte-Justine, grâce à ses chercheurs et cliniciens, développe chaque année plusieurs outils dans l’objectif d’améliorer la santé des enfants, des adolescents et des mères du Québec.

Des outils concrets validés scientifiquement pour faire une différence

Reconnu mondialement, le centre de recherche du CHU Sainte-Justine vise à générer de nouvelles connaissances médicales à travers la recherche fondamentale mais également la recherche clinique. Certaines activités plus appliquées aboutissent à des outils concrets qui visent à améliorer les pratiques dans le domaine de la santé. C’est notamment le cas du test Écoute Dichotique de chiffres (EDC) développé par Benoit Jutras avec l’aide de David Mayer. EDC est destiné à être utilisé par les audiologistes du Québec au sein d’une batterie de tests servant à conclure ou non à un trouble spécifique de l’audition, appelé trouble de traitement auditif (TTA). En savoir plus sur le test EDC.

De nombreux ouvrages et guides pratiques des éditions du CHU Sainte-Justine

Les Éditions du CHU Sainte Justine publient, chaque année, de nouveaux ouvrages principalement destinés aux parents et aux professionnels de la santé et de l’éducation (voir tous les ouvrages). Plusieurs collections sont d’ores et déjà disponibles telles que la Collection pour les parents ou encore la collection Intervenir. Pour en savoir davantage sur les Éditions, visitez leur site.

Retrouvez la page du CHU Sainte-Justine regroupant tous les outils de l’organisation.

Sylvain Sénécal et le consommateur moderne

Sylvain Sénécal et le consommateur moderne

Sylvain Sénécal est professeur titulaire au service de l’enseignement du marketing à HEC Montréal. Il est également titulaire de la Chaire de commerce électronique RBC Groupe Financier, co-directeur du Tech3Lab et président de imarklab.

À quel besoin souhaitez-vous répondre avec vos recherches?

Sylvain Sénécal : Je suis titulaire de la Chaire de commerce électronique RBC Groupe Financier et codirecteur du Tech3Lab à HEC Montréal. La chaire s’intéresse à l’utilisation de la technologie dans le quotidien des consommateurs québécois et canadiens, notamment pour combler leurs besoins de consommation. Cette technologie peut être l’ordinateur de bureau, la tablette, le téléphone intelligent ou une interface en magasins. Nous publions le fruit de notre recherche sous forme d’articles scientifiques et cela peut aussi donner lieu à des études de cas ou des livres blancs « whitepapers » lorsque l’on collabore avec des entreprises.

Le Tech³Lab se spécialise en expérience utilisateur, à la chaire on se spécialise en marketing électronique. L’idée du Tech³Lab c’est d’avoir un endroit où l’on peut observer de façon très précise, avec des méthodologies variées, une interaction entre une personne et une interface. On utilise beaucoup l’oculométrie, des mesures physiologiques comme le rythme cardiaque ou la sudation, ou même la reconnaissance faciale des émotions et l’électroencéphalographie (voir quelle région du cerveau est activée durant une tâche). L’idée c’est d’analyser l’interaction sans déranger l’utilisateur.

Nous essayons de mieux comprendre comment les consommateurs vivent leur expérience en ligne. On s’intéresse beaucoup à la prise de décision. Elle peut se traduire notamment par la recherche d’un produit, le fait de s’informer sur un produit ou service, acheter sur un site web ou encore la rétroaction sur les médias sociaux. Ce grand cycle de prise de décision, c’est important de bien le comprendre afin d’offrir aux consommateurs des services en ligne qui répondent bien à leurs besoins et facilitent leur vie.

Quels sont les défis dans votre champ de recherche?

Sylvain Sénécal : Le défi c’est d’observer et de comprendre l’interaction sans nuire à celle-ci. Quand on pose des questions, il est possible que la personne ne se rappelle pas de la première minute de son interaction ou qu’elle effectue une interprétation moyenne de son interaction globale. L’idée de l’instrumentation que l’on utilise pour analyser est d’aller chercher des observations durant l’interaction.

Quelqu’un qui ne réussit pas son achat va peut-être évaluer négativement tous les aspects d’une interaction, alors que la frustration est causée par un élément précis. On peut voir que l’émotion négative est arrivée à un moment donné et ainsi ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

Comment vous êtes-vous intéressé à ce sujet?

Sylvain Sénécal : À la base je me suis toujours intéressé au comportement du consommateur, puis, durant ma formation universitaire, les technologies sont apparues de plus en plus dans la vie du consommateur (sites web, appareils mobiles, etc.). J’ai effectué mon doctorat au sommet de la bulle internet. Cet intérêt pour comprendre le consommateur et son interaction avec la technologie nous a amenés graduellement à voir comment des outils utilisés au Tech³Lab peuvent nous aider à avoir une meilleure compréhension de ces interactions.

Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Sylvain Sénécal : Dorénavant, la présence sur internet est de mise pour n’importe quelle entreprise, de n’importe quelle taille et de n’importe quelle industrie. Si tu n’es pas sur internet, tu n’existes pas pour un consommateur : il débute sa recherche en ligne.

À la base, l’entreprise doit bien connaître les besoins de sa clientèle et refléter cette compréhension sur sa présence en ligne. Si une entreprise mise beaucoup sur le service à la clientèle, il faut que l’image en ligne soit cohérente avec cela. Le positionnement dans les différents points de contacts (canaux) est le cœur d’une expérience client réussie.

Pour les chercheurs c’est un domaine très stimulant, à la fine pointe de la technologie. Ainsi, pour effectuer de la recherche dans ce domaine, il faut une bonne compréhension des consommateurs, de la technologie, des outils d’observation des comportements en ligne et finalement, de l’analyse de ces données.

Sylvain Sénécal chez eValorix

Propos recueillis par Félix Vaillancourt

Nouveau partenaire : les Presses de l’Université du Québec (PUQ)

Découvrez certains titres numériques (PDF) d’un nouveau partenaire : les Presses de l’Université du Québec (PUQ). Depuis 1969, cette maison d’édition met en oeuvre des projets d’édition qui favorise une meilleure diffusion des connaissances principalement auprès de la communauté universitaire et des professionnels afin de participer activement au rayonnement du réseau de l’Université du Québec.

Quelques titres numériques des PUQ sur eValorix

Fort d’un catalogue de plus de 1300 titres, les PUQ constituent un acteur majeur dans le monde universitaire de l’édition québécois. La maison d’édition accompagne les auteurs, chercheurs et professeurs dans leur démarche de diffusion des connaissances.  Dans cette démarche, plus d’une vingtaine de titres viennent d’être ajoutés sur eValorix (découvrez-les) dans les domaines de la santé, des sciences humaines ou encore de la gestion.

Pour en savoir plus sur les PUQ, nous vous invitons à consulter leur site Internet.

Déjà plusieurs maisons universitaires d’édition

Les PUQ viennent s’ajouter à plusieurs éditeurs universitaires qui diffusent ou vendent certains de leurs ouvrages sur le site. C’est ainsi le cas des Presses de l’Université de Montréal (PUM), des éditions du CHU Ste-Justine, de JFD Éditions ou encore des Éditions du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal (avec la collection Institut universitaire de gériatrie de Montréal).

Vous êtes un éditeur travaillant sur des projets avec des chercheurs/professeurs et souhaitez ajouter certains de vos titres numériques sur eValorix? Contactez-nous pour en savoir plus : info@evalorix.com

Vincent Fourmond et le métabolisme énergétique

Vincent FourmondVincent Fourmond est chargé de recherche/research associate au laboratoire de Bioénergétique et Ingénierie des Protéines (BIP) UMR7281, une Unité Mixte de Recherche du CNRS et de l’Université d’Aix-Marseille (AMU). La commercialisation de son outil QSoas est rendue disponible par la SATT Sud-Est.

À quel besoin souhaitez-vous répondre avec vos recherches?

Vincent Fourmond : Je suis électro-chimiste, je cherche à comprendre les enzymes qui sont impliqués dans la respiration de certaines bactéries. Notre travail s’inscrit dans la recherche fondamentale et a trait au domaine du stockage et de la conversion de l’énergie. Le logiciel que j’ai créé, QSoas, nous sert à analyser l’activité électrochimique.

Il y a des applications pratiques à cette recherche aussi. Par exemple, les hydrogénases sont des excellents catalyseurs pour produire de l’hydrogène ou l’oxyder. On peut s’imaginer utiliser ces enzymes dans les piles à combustible afin de générer de l’électricité par exemple (création d’énergie via réaction chimique) ou concevoir des catalyseurs pour produire de l’hydrogène et l’utiliser pour notamment remplacer le platine, coûteux et rare. Nous travaillons aussi sur des enzymes dans le stockage du CO2. Être capable de fabriquer du carburant à partir du gaz carbonique, c’est un des plus gros défis du secteur de l’énergie – du moins dans la partie chimique.

Quels sont les défis dans votre champ de recherche?

Vincent Fourmond : Le vrai problème dans le domaine de l’énergie en ce moment c’est le stockage. L’énergie solaire est abondante, mais elle n’est pas toujours présente (plus faible en certaines saisons ou absente la nuit). Il faut pouvoir stocker cette énergie et éventuellement la transporter. L’électricité est dure à stocker, mais on devrait pouvoir conserver l’énergie sous forme chimique – une des stratégies c’est de fabriquer de l’hydrogène.

Une autre approche est aussi d’utiliser l’énergie afin de fabriquer du carburant à partir du CO2 dans l’atmosphère. Présentement, c’est techniquement possible,  mais le  rendement énergétique global est encore trop faible pour que ce soit viable.

Comment vous êtes-vous intéressé à ce sujet?

Vincent Fourmond : Je suis physicien à la base, l’énergie et la biologie m’ont séduit. Pour moi, c’est fascinant de voir comment les êtres vivants sont capables d’extraire l’énergie de leur environnement – la bioénergétique. Comprendre comment tout ça fonctionne au niveau moléculaire ou de la bactérie. Les enzymes sur lesquelles on travaille s’inscrivent dans le métabolisme énergétique, elles participent à la vie de la bactérie. Elles auraient été présentes dès l’origine de la vie, dans des sources chaudes abondantes en hydrogène. Essayer de les comprendre et voir comment elles ont émergé permet d’avoir des pistes sur les conditions de ces origines.

Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Vincent Fourmond : Le domaine le plus intéressant et le plus dur en ce moment est du côté biologique de la réduction du CO2. Les enzymes sont très difficiles à étudier et on a peu de résultats jusqu’à présent. D’après moi, il y a beaucoup à apprendre de ces enzymes. Ce sera un travail collaboratif d’une équipe multidisciplinaire. Les sujets que l’on aborde sont trop vastes pour être abordés par un seul spécialiste, il faut apprendre à communiquer avec le langage issu du champ d’expertise de nos collègues.

Notre recherche est une belle collaboration avec des physiciens qui ont des approches en spectroscopie ou des chimistes-théoriciens qui essaient de calculer les états chimiques qui peuvent être impliqués dans la catalyse. On travaille aussi avec des gens qui font de la cristallographie (pour déterminer la structure de protéines, comment s’organisent les atomes de protéines) et avec des chimistes plus intéressés par l’applicatif – par exemple créer des électrodes pour faire des piles à combustible.

Vincent Fourmond chez eValorix

Propos recueillis par Félix Vaillancourt

Plus de 1000 outils en 2016, des nouveaux partenaires et outils en 2017!

En ce 10 janvier 2017, l’équipe d’eValorix vous souhaite une excellente année 2017 avec, comme vœu le plus cher, de donner encore plus de visibilité à l’ensemble des outils développés dans le cadre de la recherche publique!

La barre des 1000 outils franchie fin 2016

Vous avez sûrement lu cette information si vous recevez notre infolettre (pour vous inscrire, c’est ici) : la barre des 1000 outils sur eValorix a été franchie fin 2016. Depuis juin 2015 et notre annonce des 500 applications, trousses de formation, questionnaires et autres outils sur le site, eValorix a fait du chemin et c’est ainsi que ce nombre a maintenant doublé.

Retour sur l’année 2016 : un réseau agrandi et de belles promesses pour l’avenir

En plus des améliorations technologiques sur notre site (ex : moteur de recherche prédictif), de la création d’une vidéo présentant le concept et le fonctionnement d’eValorix, l’année 2016 a également été marquée par la signature de plusieurs partenariats. C’est notamment le cas de l’Université de Québec à Montréal (UQAM, Québec), du Centre de liaison sur l’intervention et la prévention psychosociales (CLIPP, Québec), de l’Université de Liège (ULg, Belgique) ou encore de la SATT Conectus (France) qui ont tous rejoint notre réseau de partenaires en 2016 (voir tous les partenaires).

L’année passée a été également l’occasion de publier une dizaine d’entrevues avec quelques inventeurs des produits distribués par eValorix (voir la liste des entrevues réalisées).

En 2017, nous étendrons la visibilité des outils et du réseau de partenaires. Plusieurs entrevues sont déjà programmées et d’autres partenariats devraient être annoncés dans les semaines à venir avec la mise en ligne de nouveaux outils.

L’Université de Liège (ULg) : premier partenaire belge

L’Université de Liège (ULg) diffusera désormais sur eValorix les outils numériques développés par ses chercheurs et enseignants.

L’Université de Liège, première université belge sur eValorix

L’équipe d’eValorix est fière d’accueillir son premier partenaire belge au sein de son réseau. En plus de ses 3500 enseignants et chercheurs qui s’investissent dans la formation des étudiants et dans une recherche académique de haut niveau, l’ULg est également un leader mondial en matière de publications scientifiques en libre accès. Ses centres de recherches comme le GIGA (biotechnologies, génomique, cancer, neurosciences…), CSL (spatial), CIP (ingénierie des protéines), CRC (cyclotron, radiopharmaceutiques), FARAH (médecine vétérinaire) ou TERRA (agro-bio technologies, alimentation) jouissent d’une bonne réputation internationale. Voir le site internet de l’ULg.

L’Université de Liège, troisième partenaire européen francophone

L’ULg est la troisième organisation européenne à utiliser les services d’eValorix, après la SATT Sud Est (France) et Conectus Alsace (France), deux sociétés d’accélération du transfert de technologies. Plusieurs discussions sont actuellement en cours avec d’autres établissements internationaux. Nous espérons pouvoir annoncer d’autres partenariats dans les prochaines semaines.

Plusieurs outils développés par des chercheurs de l’ULg seront bientôt mis en ligne sur eValorix, restez à l’affût.

L'Université de Liège (ULg) : premier partenaire belge

Marie-Christine Ouellet et la santé psychologique après un traumatisme craniocérébral

Marie-Christine Ouellet et la santé psychologique après un traumatisme craniocérébralMarie-Christine Ouellet est professeure agrégée à l’École de psychologie de l’Université Laval. Elle est également chercheuse au Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS).

Expertises

Psychologie clinique de la santé et psychologie de la réadaptation. Psychopathologie associée aux troubles neurologiques et aux blessures traumatiques (particulièrement les traumatismes craniocérébraux) chez les adultes et les aînés. Adaptation des méthodes d’évaluation et d’intervention cognitivo comportementale à des populations en réadaptation.

À quel besoin souhaitez-vous répondre avec vos recherches?

Marie-Christine Ouellet : Ce qui m’intéresse le plus, ce sont les difficultés rencontrées sur le plan de la santé psychologique après un traumatisme craniocérébral. Ça couvre un spectre assez large : ça peut se présenter sous forme de dépression, d’anxiété, d’insomnie, une fatigue qui s’installe et devient chronique, la consommation de substances, etc. Nous nous intéressons à tout le spectre de sévérité, allant de la commotion simple à un traumatisme beaucoup plus sévère et qui peut avoir des impacts à des niveaux cognitifs, physiques, comportementaux ou émotionnels.

Ce n’est pas parce que l’atteinte est légère que tout va bien aller ou que parce que l’atteinte est sévère que tout va mal. Malheureusement les problèmes de santé mentale sont très fréquents suite à un traumatisme crânien, mais ils manquent encore d’attention scientifique. Beaucoup d’efforts sont mis pour sauver la vie des individus subissant un choc à la tête et aussi afin leur offrir une réadaptation (surtout physique et cognitive). Toutefois, ces efforts peuvent être compromis si ces gens voient leur santé mentale affectée sans être traités.

On ne sait pas ce qui est attendu ou normal par rapport à un tel évènement. Le traumatisme craniocérébral est une condition chronique, on vit avec les conséquences toute sa vie. C’est probablement difficile pour la personne et le clinicien de distinguer ce qui est attendu de ce qui est pathologique. Les gens ne vont pas nécessairement chercher de l’aide. Il faut rendre les interventions plus accessibles, disséminer des interventions comme par exemple des thérapies cognitivo-comportementales.

Quels sont les défis dans votre champ de recherche?

Marie-Christine Ouellet : Ce n’est pas évident de distinguer ce qui était une problématique présente avant l’accident, de ce qui l’est après, ou encore ce qui fait partie du cours normal de la vie de l’individu. Ce qui est très clair c’est que la prévalence des problèmes de santé mentale est extrêmement grande chez les individus qui ont subi un traumatisme crânien par rapport à la population générale. Il n’y a pas assez de traitement et de prévention qui sont faits. Il faudrait développer des interventions préventives pour que les gens aient la meilleure qualité de vie possible après un accident. On pourrait possiblement prévenir la dépression, l’insomnie, le recours à l’utilisation de substances, etc. On peut faire du travail auprès de cliniciens, mais il faudrait qu’il y ait des programmes diffusés au grand public. Les gens ne savent pas pour la plupart qu’ils sont plus à risque de problèmes de santé mentale suite à un accident. Près de la moitié des gens qui subissent un traumatisme crânien vont développer une condition cliniquement significative.

Comment vous êtes-vous intéressée à ce sujet?

Marie-Christine Ouellet : J’ai débuté ma formation en neuropsychologie. On s’intéressait plus aux aspects cognitifs : mémoire, attention, etc. Dans le cadre de mes contacts cliniques, je me suis intéressée aux aspects émotionnels; faire du suivi sur des conséquences émotionnelles de conditions neurologiques. Des gens dont les séquelles au plan neuropsychologique ont des impacts sur leur couple, leur famille et leur état d’esprit. On est un peu au confluent de la neuropsychologie, de la psychologie de la santé et de la psychologie clinique. Ça s’appelle de la psychologie de la réadaptation.

J’ai des collaborations avec des médecins d’urgence, des ergothérapeutes, des physiothérapeutes, des travailleurs sociaux, des gens en épidémiologie. Pas juste des chercheurs, mais des cliniciens aussi.

Dans le cadre de notre projet, on suit environ 400 personnes. L’objectif est d’avoir des applications pratiques tirées de nos conclusions. Nous nous intéresserons de plus en plus aux aînés également. Avec le vieillissement de la population, plus les gens demeurent actifs longtemps, plus on augmente le risque de chute. Le virage de la recherche dans les traumatismes crâniens au niveau de cette population n’est pas vraiment amorcé. On prend toutes les problématiques associées au vieillissement et on superpose les problèmes cognitifs suite à un traumatisme crânien. Ce projet avec les aînés est vraiment une initiative des cliniciens et que je supporte.

Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Marie-Christine Ouellet : Ce qui est motivant, c’est l’idée de pouvoir faire une différence dans la qualité de vie des patients. La population de gens qui subit des traumatismes craniocérébraux est en fait très nombreuse, donc la recherche dans ce domaine aura potentiellement des impacts importants sur bien des gens. Par contre, c’est souvent une blessure invisible, il y a donc encore beaucoup de travail à faire pour que la société reconnaisse les maux issus de ces traumatismes.

Marie-Christine Ouellet chez eValorix

Propos recueillis par Félix Vaillancourt.

Capsule FRQS sur le manuel INSOMNIE ET FATIGUE APRÈS UN TRAUMATISME CRANIOCÉRÉBRAL

Conectus Alsace : deuxième partenariat international

conectus

Conectus Alsace, la Société d’Accélération de Transfert de Technologies (SATT) de la région alsacienne (France), est désormais partenaire d’eValorix.

Conectus, acteur majeur du transfert de technologies en Alsace

Première SATT à voir le jour en France dans le cadre de l’Appel à Projets du Programme des Investissements d’Avenir, elle compte comme établissements actionnaires l’Université de Strasbourg, le CNRS, l’Université de Haute-Alsace, l’Inserm, l’INSA de Strasbourg, l’ENGEES et la Caisse des Dépôts et Consignations. Ses activités s’organisent autour de l’investissement dans la propriété intellectuelle, la maturation des technologies et l’octroi de licences, ainsi qu’autour de la vente de prestations de services dans le domaine de la recherche partenariale et du transfert de technologies (voir leur site internet).

Deuxième partenaire français d’eValorix

La SATT Conectus est la deuxième SATT à rejoindre eValorix après la SATT Sud Est (redécouvrir ce partenaire). Cette annonce est la concrétisation d’un intérêt manifesté des établissements français de recherche et de valorisation pour la diffusion des outils numériques issus de la recherche. Cet intérêt a été perçu lors de la participation d’eValorix au principal regroupement annuel des experts français du transfert de technologie, le Congrès CURIE, il y a quelques semaines (voir un retour sur l’évènement CURIE 2016). Ce partenariat est également le reflet de la volonté d’eValorix de se rapprocher des experts francophones en la matière afin de bâtir un réseau fort pour faire la promotion de tous les outils issus de la recherche publique.

Plus d’informations à venir.

Martin Beaulieu et la logistique hospitalière

Martin Beaulieu et la logistique hospitalièreMartin Beaulieu est professionnel de recherche à HEC Montréal et membre du groupe de recherche CHAÎNE. Il est également chargé de cours à HEC Montréal et à l’Université de Montréal au département de l’administration de la santé.

Expertises

Stratégie des groupes d’achats du secteur de la santé, modes de réapprovisionnement des unités de soins, diagnostic logistique d’établissement de santé.

À quel besoin souhaitez-vous répondre avec vos recherches?

Martin Beaulieu : Mes intérêts de recherche portent sur la logistique hospitalière; tout le volet de l’approvisionnement et de la gestion des stocks dans le réseau de la santé. Ça peut être aussi les relations externes avec les fournisseurs, mais principalement tout ce qui se déplace à l’intérieur de l’établissement. En ce sens, il y a deux axes à mes recherches : comprendre les pratiques de travail les plus performantes et chercher à combler des lacunes de gestion. Les pratiques associées à la logistique hospitalière ont souvent été mises de côté au profit de la prestation de soins – comment gérer les soins. La logistique est plutôt en périphérie, ses processus sont moins encadrés et étudiés.

Quels sont les défis dans votre champ de recherche?

Martin Beaulieu : La transposition de certaines pratiques qui se font ailleurs vers le milieu de la santé n’est pas simple. Il y a peu de secteurs d’activités à mon avis qui gèrent une diversité aussi importante de produits. Un établissement de santé peut compter jusqu’à 50 000 codes de produits différents : de la pharmacie à l’alimentation en passant par la fourniture médicale. Wal-Mart va avoir dans ses magasins 75 000 codes de produits différents, mais au final c’est eux qui décident quels produits ils vont vendre tandis que les produits qui se retrouvent dans un établissement de santé sont là pour aider à la prestation de soins, on ne peut pas faire fi de l’avis des professionnels de la santé. On ne peut pas simplement transposer des solutions logistiques issues d’autres secteurs, il faut les adapter.

La logistique hospitalière est un champ de recherche somme toute assez récent. Tout est un peu plus à défricher.

Les processus ne sont pas tout le temps bien définis dans les organisations. Il y a parfois de la difficulté à obtenir des données pour faire les analyses. Les systèmes d’informations ne sont pas toujours conçus pour faciliter l’extraction des données. Les processus ne sont pas toujours matures.

Comment vous êtes-vous intéressée à ce sujet?

Martin Beaulieu : Un de mes patrons a été approché par un distributeur du réseau de la santé qui souhaitait aider le réseau en livrant mieux aux établissements. Environ au même moment une étude importante aux États-Unis a contribué à mousser notre intérêt et ça fait un peu plus de vingt ans qu’on se penche sur ce secteur-là.

On ne veut pas se substituer au mandat des consultants. L’université a une mission de transfert des connaissances, dans les mandats que l’on exécute il y a une opportunité de comprendre des phénomènes et de les appliquer à d’autres réalités, de combler des trous dans la littérature. Le résultat du mandat que nous exécutons va probablement avoir une valeur applicative, mais il faut comprendre que ça s’inscrit dans une réflexion et un processus d’échange avec les établissements et notre groupe de recherche.

Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Martin Beaulieu : Restez branchés sur les besoins du milieu, tant ceux des gestionnaires que ceux près des lieux de travail. Se trouver des mentors ou des gens qui vont vous introduire sur leurs préoccupations, aller sur leur terrain. C’est un peu la marque de commerce du Groupe de recherche CHAÎNE. On ne peut pas recommander quelque chose dans l’absolu, il faut être capable de saisir les nuances des différents contextes. Par exemple, la logistique du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal qui tient sur quelques kilomètres est différente du CISSS de la Côte-Nord qui se déploie sur des centaines de kilomètres.

Martin Beaulieu chez eValorix
Propos recueillis par Félix Vaillancourt

Présentation vidéo sur le traitement de l’incontinence urinaire

Dans une récente communication témoignant des impacts de la recherche, le Fonds de Recherche du Québec annonce une vidéo intitulée « Mieux traiter l’incontinence urinaire ».

C’est une présentation du Centre de recherche de l’Institut de gériatrie de l’Université de Montréal (CRIUGM) avec Sylvie Belleville, directrice du centre et professeure à l’Université de Montréal et Chantal Dumoulin, chercheuse au CRIUGM et professeure à l’Université de Montréal.

Elle est coproduite par le Canal Savoir dans le cadre de l’émission Quoi de neuf chercheurs? qui dévoile les résultats et les impacts des recherches menées dans  les centres et réseaux de recherche universitaire soutenus par le Fonds de recherche du Québec.

eValorix diffuse de nombreux outils issus des recherches du CRIUGM dont certains traitent spécifiquement d’incontinence urinaire comme :

  • Gymnastique du plancher pelvien : pour prévenir et traiter l’incontinence urinaire chez les femmes de 50 ans et plus (DVD)
  • L’incontinence : brisons le silence

Présentation vidéo sur le traitement de l'incontinence urinaire

Marie Alexandre et la didactique

Marie Alexandre et la didactiqueMarie Alexandre est professeure au baccalauréat de l’enseignement professionnel à l’unité départementale des Sciences de l’éducation de Rimouski à l’UQAR. Elle est membre du Comité scientifique de la revue Formation et profession (Revue internationale en éducation) et du Comité scientifique international de l’Académie nationale des Sciences et techniques du Sénégal.

Expertises

Processus de travail enseignant; construits (schèmes) didactiques; savoir-enseigner; formation de formateurs; environnements numériques d’apprentissage; processus de raisonnement de métier.

À quel besoin souhaitez-vous répondre avec vos recherches?

Marie Alexandre : Inscrites dans une perspective didactique, mes recherches s’articulent principalement autour de trois axes d’investigation. D’abord, concernant le processus de travail enseignant (savoir enseigner), mes travaux suggèrent que le caractère idiosyncratique du savoir enseigner est un ensemble de manifestations contextualisées découlant de l’exercice d’un processus didactique étonnamment stable. L’analyse d’ensembles d’actions associées aux quatre phases du processus didactique, procure un éclairage sur la manière de réfléchir « un contenu à être enseigné pour être appris par d’autres ». À partir de ce point de vue, les entités de contenus devenus enseignables sont désignées sous le vocable de construits (schèmes) didactiques.

Ensuite, mes travaux en adéquation formation–emploi consistent à modéliser un concept prometteur correspondant au savoir de métier : le processus de raisonnement de métier. Le concept du processus de raisonnement de métier est constitué d’activités-clés et d’actions associées à l’exercice d’un métier en formation professionnelle. Enfin, je travaille en partenariat avec les milieux de pratique en formation professionnelle. En effet, mes activités de recherche sur le savoir enseigner m’amènent à m’intéresser au milieu de pratique et plus spécifiquement au rôle joué par l’un des acteurs importants dans les centres de formation professionnelle : le conseiller pédagogique. J’ai obtenu une subvention dans le cadre du Programme de soutien à la formation continue du personnel scolaire du MELS (2013-2016). Je réalise actuellement une recherche-formation (action) sur l’accompagnement didactique des enseignants des centres de formation professionnelle dans le secteur de la fabrication métallique.

Quels sont les défis dans votre champ de recherche?

Marie Alexandre : Je vous parlerai de mes défis en lien avec chacun de mes axes de recherche. Ainsi, pour l’avenir, je vise à documenter le processus de travail enseignant, du point de vue des acteurs, par le recueil et l’analyse de données auprès d’un plus grand nombre d’enseignants et d’enseignantes provenant de programmes différents, à des ordres d’enseignement variés incluant les environnements numériques d’apprentissage. Au regard de l’adéquation formation-emploi, il s’agit d’un travail de collaboration entre chercheur et praticiens visant à renforcer le degré d’employabilité des élèves en formation professionnelle et celui de la main-d’œuvre. C’est d’ailleurs dans ce contexte que s’inscrit le laboratoire Paramètres et les guides didactiques. Les rencontres et les entretiens menés auprès d’enseignants, de formateurs hors du contexte scolaire (programmes d’apprentissage en milieu de travail) et de travailleurs ont permis de définir un processus de métier commun contribuant à améliorer l’arrimage entre le monde scolaire et le marché du travail. Enfin au regard du partenariat avec les milieux de pratique, mes travaux en cours ont comme finalité l’élaboration et la réalisation d’une démarche de développement professionnel destinée aux conseillers pédagogiques des centres de formation professionnelle (CFP) et fondée sur l’exercice du processus didactique.

Comment vous êtes-vous intéressée à ce sujet?

Marie Alexandre : L’UNESCO (2013) souligne que l’économie du savoir est en lien avec la notion d’apprentissage tout au long de la vie. Concept clé au XXIe siècle, l’apprentissage tout au long de la vie englobe tous les âges ainsi que toutes les formes d’éducation. Pour sa part, l’Organisation de coopération et de développement économiques soutient que la qualité des enseignants est le premier levier d’amélioration de l’efficacité des systèmes d’éducation (OCDE, 2013). De même, l’UNESCO dans son rapport Enseigner et apprendre : Atteindre la qualité pour tous publié en 2014, fait ressortir qu’un système éducatif ne vaut que ce que valent ses enseignants.

Sur un plan plus personnel, j’ai constaté tout au cours de mon long cheminement scolaire, la capacité de certains enseignants à changer ma vision ou ma façon de penser alors que d’autres n’y arrivaient pas du tout. Ma question depuis le tout début est : Comment fait-on pour «faire apprendre»? En fait, je décrypte l’ADN enseignant. J’explicite la complexité du savoir de la pratique enseignante tout en déboulonnant le mythe de la vocation enseignante – celui de « tu l’as ou tu l’as pas! ».

Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Marie Alexandre : Trouver son apport particulier et original au savoir humain . Dans mon cas : L’avènement de l’ère numérique jumelé à la pluralité des savoirs a un impact majeur sur le rôle de l’éducation. Dans ce contexte, une meilleure compréhension de l’adéquation entre le rôle enseignant et les nouvelles compétences requises pour l’apprentissage au XXIe confirme l’importance de la recherche dans le champ didactique. En fait, chercheure en éducation est le plus beau métier du monde ou … presque !

Marie Alexandre chez eValorix
Propos recueillis par Félix Vaillancourt.

Ressources et références

Anne Mesny, la mesure et les indicateurs

anne mesny
Anne Mesny est professeure titulaire au Service de l’enseignement du management. Elle est également directrice du Centre de cas HEC Montréal.

Expertises

Pédagogie en gestion, utilisation et valorisation des savoirs académiques, apprentissages du métier de gestionnaire, sociologie des organisations, éthique de la recherche en sciences sociales.

À quel besoin souhaitez-vous répondre avec vos recherches?

Anne Mesny : Je m’intéresse aux relations entre théorie et pratique et à l’utilisation des connaissances scientifiques. Ce qui est frappant quand on regarde la recherche sur l’utilisation des savoirs académiques, c’est qu’on part toujours du principe que les connaissances issues des sciences de la nature sont plus utiles que les celles des sciences sociales. Elles peuvent donner lieu à des résultats plus visibles, par exemple les brevets. Ce que je tente de faire avec mes recherches, c’est de montrer que les savoirs issus des sciences sociales, y compris le management, sont intensément utilisés mais que cette utilisation est moins visible.

Prenons une illustration simple : quelqu’un qui se marie ou qui divorce a probablement entendu parler des taux de mariage et de divorce dans les sociétés modernes ainsi que des explications variées, sociologiques, économiques, psychologiques, anthropologiques, etc., pour rendre compte de ces taux. Ces connaissances proviennent en partie de recherches en sciences sociales, mais la personne qui la mobilise pour mûrir sa réflexion au sujet de son propre mariage ou divorce n’en a pas forcément conscience. Il ne s’agit pas d’une utilisation visible ni instrumentale de la recherche.

Mon intérêt de recherche porte donc sur les manières dont sont utilisées les connaissances issues des sciences sociales, et aussi sur les manières de mieux les diffuser à l’extérieur du monde académique. Je suis aussi à la recherche d’indicateurs, de signaux ou de « marqueurs » pour repérer les utilisations de ces connaissances, alors même qu’une telle utilisation est très difficilement « mesurable ».

En ce sens, la création d’eValorix grâce à l’aide notamment de Nicolas Pinget, m’intéressait en tant que chercheure. En effet, eValorix repose sur l’idée qu’il est possible de transformer des connaissances en sciences sociales ou en gestion en artefacts visibles, comme des méthodes ou des outils de diagnostic qui leur donnent une plus grande visibilité. Au-delà de l’aspect « valorisation », c’est donc surtout l’aspect « visibilité » qui m’intéressait.

Quels sont les défis dans votre champ de recherche?

Anne Mesny : Le principal défi c’est la mesure et les indicateurs. Dans mes domaines (la sociologie et la gestion) il est très difficile de « mesurer » l’utilisation ou l’utilité de la connaissance. J’aime bien la métaphore de la traçabilité dans les aliments. On est maintenant capable de remonter du steak emballé à l’épicerie jusqu’à la vache chez l’éleveur. Comment est-on capable de tracer la connaissance issue des sciences sociales – comme par exemple un chercheur qui théorise sur l’échec scolaire – jusqu’au moment où cette théorie inspire une politique publique ou même lorsque des parents utilisent cette connaissance pour s’expliquer certains problèmes de leur enfant à leur école? J’aimerais être capable de tracer la connaissance dans tout ce circuit.

Plus la connaissance issue des sciences sociales est diffusée dans la sphère publique, plus elle fait partie du sens commun, plus on en oublie la source initiale. Le paradoxe fait que plus cette connaissance est utilisée, plus il devient difficile de la tracer ou de la mesurer à l’aide d’indicateurs.

Mesurer l’utilisation des connaissances entre chercheurs, c’est facile – bien qu’il y aurait long à dire sur les indicateurs dont on se sert pour le faire. Cela se corse lorsque l’on tente d’évaluer comment les connaissances sortent du milieu académique ou même parfois si elles en sortent.

Comment vous êtes-vous intéressée à ce sujet?

Anne Mesny : J’ai toujours été très étonnée d’entendre que les sciences sociales sont moins utiles que les sciences de la nature. Lorsque j’écoute des conversations dans le métro ou que je lis un article de journal, je vois des sciences sociales et des connaissances qui circulent! Quand telle théorie néolibérale est (re)passée dans le sens commun (après s’en être nourrie puis détachée!) ou qu’un jeune parle de coût de transactions en se demandant quel est le meilleur moyen de s’acheter sa première auto, c’est majeur! Les notions issues des sciences sociales sont extrêmement utilisées, mais c’est mal documenté et mal compris.

Cette utilisation tous azimut des connaissances issues des sciences sociales peut-être bonne ou mauvaise. Il n’y a rien de forcément positif ou émancipateur dans la mobilisation d’une connaissance. Il n’y a qu’à penser à certaines prophéties autoréalisatrices en économie… Je ne veux pas montrer la beauté de l’utilisation des connaissances issues des sciences sociales, mais plutôt montrer qu’on les utilise tout le temps et que ces utilisations sont porteuses de toutes sortes d’effets, positifs et négatifs… Ces connaissances sont des munitions continuelles dans la réflexion et le discours d’un parent,  d’un chef d’État ou d’un chef d’entreprise.

Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Anne Mesny : J’ai peut-être donné, à tort, l’impression qu’il y a une nette séparation entre les sciences sociales et les sciences de la nature. Cette séparation est toute relative. Beaucoup de phénomènes concernant l’utilisation des connaissances – la transformation en « sens commun », les utilisations conceptuelles ou symboliques, etc. – concernent à la fois les sciences de la nature et les sciences du social.

Il y a un fond commun sur la manière dont les connaissances circulent dans les sociétés. Les technologies, l’internet et les réseaux sociaux, transforment en profondeur les façons de diffuser et d’utiliser ces connaissances. Il reste énormément à étudier là-dessus!

Anne Mesny chez eValorix

Propos recueillis par Félix Vaillancourt

Yves Joanette : le langage et l’évaluation des habiletés de communication

yves joanette

Yves Joanette est professeur titulaire à la faculté de médecine de l’Université de Montréal et chercheur au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal. Il est également directeur scientifique de l’Institut du vieillissement des Instituts de recherche en santé du Canada.

Expertises

Vieillissement, communication, neurosciences cognitives, démences et lésions cérébrales, dont les impacts des lésions à l’hémisphère droit sur les habiletés de communication (traitement sémantique des mots, discours et pragmatique) et ses implications cliniques (évaluation et prise en charge).

À quel besoin souhaitez-vous répondre avec votre recherche?

Yves Joanette : L’intérêt de mon groupe de recherche et le mien est la manière dont les capacités à communiquer sont inscrites dans le cerveau. Ce qui m’a toujours fasciné est comment le cerveau et ses capacités évoluent avec l’âge tout en maintenant ces habiletés de communication de manière optimale. Je m’intéresse aussi à l’effet des lésions cérébrales sur le cerveau, en me focalisant sur des dimensions de la communication ou du langage, un domaine qui a été l’une des premières fenêtres sur la compréhension du fonctionnement du cerveau.

On s’intéressait déjà aux impacts des lésions cérébrales à la fin du 19e siècle sur le langage. Avec mon équipe, nous nous sommes intéressés aux impacts de telles lésions sur des aspects de la communication qui n’avaient pas été pris en compte à ce moment. Quand on pense à la communication, on peut penser aux mots, à l’articulation… mais la communication c’est surtout faire passer un message ou une intention de communication adaptée à l’interlocuteur et au contexte. Bien communiquer, c’est aussi bien organiser sa pensée et son discours. Tous ces aspects de la communication n’avaient pas été pris en compte dans le passé et c’est ce sur quoi se penche mon équipe.

Suite aux nombreux travaux de recherche que nous avons effectués, il nous est rapidement paru important de voir comment on pouvait transformer les connaissances en outils cliniques afin d’aider ceux qui subissent les contrecoups des lésions cérébrales. Pour ce faire, il a fallu impliquer les collègues qui sont aux premières loges: les cliniciens et les cliniciennes. Notre manière de travailler ensemble n’était pas de simplement offrir ce que l’équipe de recherche pensait être le meilleur. Notre collaboration avec eux a été profondément bidirectionnelle. Nous avons ainsi répondu à leurs besoins exprimés, et nous les avons invités à s’impliquer dans le travail de création de ces outils, tout en offrant la rétroaction à notre équipe suite aux premières utilisations de l’outil clinique; un beau travail de communication!

Quels sont les défis dans votre champ de recherche?

Yves Joanette : L’interdisciplinarité est une opportunité et un défi. L’apport des autres disciplines et spécialistes permet d’aborder la question qui nous intéresse. L’étude du cerveau est particulièrement interdisciplinaire.

Il faut comprendre le langage de l’autre. L’interdisciplinarité n’est pas la mise en apposition d’une série de bureaux de spécialistes. Il faut créer des cadres de référence et un langage commun, une compréhension commune. Et c’est là le défi !

Comment vous êtes-vous intéressé à ce sujet?

Yves Joanette : La complexité du cerveau et son organisation fonctionnelle m’ont toujours fasciné. La communication, l’un des comportements propres à l’humain, est la porte d’entrée et sortie du cerveau !

L’être humain est social, il est connecté aux autres par la communication. Si on est frustré dans sa communication, si on ne se fait pas bien comprendre, on ne peut pas pleinement jouer son rôle dans la société.

Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Yves Joanette : La recherche fondamentale est nécessaire, mais la recherche appliquée et clinique offre le grand privilège de permettre de voir et de mesurer l’application concrète des connaissances développées, des outils imaginés et des approches au bénéfice de celles et ceux qui ont besoin de notre appui.

Il faut être passionné par la question sur laquelle on veut se pencher. Il faut que les grandes questions auxquelles on s’intéresse nous motivent au plus haut point.

Propos recueillis par Félix Vaillancourt.

Bernard-Simon Leclerc et Joey Jacob : l’évaluation des pratiques et des relations

Bernard-Simon Leclerc et Joey Jacob : l’évaluation des pratiques et des relations

Bernard-Simon Leclerc est chercheur d’établissement et responsable de l’unité d’évaluation du Centre de recherche et de partage des savoirs InterActions, du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Nord-de-l’Île-de-Montréal. Il est également professeur adjoint de clinique à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Expertises : Épidémiologie sociale, déterminants sociaux, inégalités sociales de santé, enjeux sociaux des services de santé et des services sociaux, évaluation des pratiques, des programmes et des interventions participatives et intersectorielles en général.

Joey Jacob est professionnel de recherche à l’Unité d’évaluation du Centre de recherche et de partage des savoirs InterActions du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Nord-de-l’Île-de-Montréal.

Expertises : Évaluation des pratiques, des programmes et des interventions participatives et intersectorielles, analyse de réseaux, déterminants sociaux, inégalités sociales de santé, enjeux sociaux des services de santé et des services sociaux,

À quel besoin souhaitez-vous répondre avec vos recherches?

Bernard-Simon Leclerc : Le centre de recherche et de partage des savoirs InterActions a une thématique qui traite de l’articulation des réseaux personnels, communautaires et publics face aux problèmes complexes. Nous pourrions dire que quelques éléments que nous touchons au centre sont les activités de recherche appliquée dans le domaine du social, l’enseignement, la formation, la mobilisation des connaissances scientifiques et pratiques ainsi que l’évaluation des programmes et des modes d’intervention. Dès que des personnes interagissent ensemble pour résoudre des problèmes, que ce soit des réseaux familiaux ou des réseaux professionnels, cela tombe potentiellement dans notre thématique.

Pour ma part, je suis responsable de l’unité d’évaluation. Nous avons un mandat large qui nous permet d’arrimer les préoccupations du milieu scientifique, celles des milieux de pratique et des autres acteurs du territoire du réseau local de services. Les intérêts d’étude de l’unité peuvent porter par exemple sur l’évaluation des services curatifs, des interventions sociales ou des interventions de santé publique. Nous proposons d’évaluer par exemple les besoins, l’implantation de projets, l’utilisation d’outils ainsi que les effets des interventions ou les pratiques cliniques.

Il est important de comprendre la distinction entre la recherche évaluative et l’évaluation de programmes. En recherche traditionnelle, la préoccupation est de générer de la connaissance pour la communauté scientifique. Dans l’évaluation de programme, les projets répondent plus particulièrement aux besoins de partenaires sur le terrain, c’est du sur-mesure en fonction du problème posé par les acteurs locaux.

Joey Jacob : Par exemple, l’outil « Incitatifs et obstacles à la supervision de stage » disponible sur le site d’eValorix répondait aux besoins de l’ensemble des organisations de soins de santé et de services sociaux de l’île de Montréal. Elles ont fait appel à nos services pour documenter les raisons pour lesquelles il était si difficile de recruter des superviseurs de stage et cela, dans plus d’une vingtaine de professions différentes. Notre projet a permis d’établir des recommandations et de développer différents outils afin d’augmenter le nombre de professionnels qui acceptent de superviser des stages.

Bernard-Simon Leclerc : Nous avons plusieurs projets qui ont gravité autour de cette problématique et nous avons reçu beaucoup de réponses positives des établissements de santé et des universités qui utilisent nos outils. Une forme d’accréditation « Formateur de choix » est même en voit d’être élaborée par le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal afin de créer des conditions favorables à la supervision de stage. Ces travaux se basent sur nos outils. C’est une très belle forme de valorisation de la recherche!

Quels sont les défis dans votre champ de recherche?

Joey Jacob : Nous devons nous assurer que les projets d’évaluation que nous réalisons seront pertinents pour les personnes qui les réclament. Notre objectif est d’aider à améliorer leur pratique. Considérant que souvent nos projets ont différents acteurs aux intérêts variés, nous entreprenons tous nos projets avec l’idée que tout le monde en sorte gagnant. C’est un beau défi que de conjuguer l’ensemble des exigences de nos clients!

Bernard-Simon Leclerc : L’un des défis les plus importants est de mobiliser les milieux à participer aux évaluations. La participation n’est pas acquise d’emblée. C’est pourquoi on essaie d’impliquer les participants, de faire de l’empowerment et de leur montrer les avantages de l’évaluation. Nous cherchons à faire des projets axés sur le concret et non pas des projets vagues ou trop ambitieux. On est peut-être un peu à contre-courant de la tendance générale dans le réseau de la santé; nos types d’évaluations répondent moins à des besoins managériaux de haut niveau qu’à des besoins très proches du terrain. On donne une voix à des intervenants qui travaillent plus près de la base, afin de documenter leurs pratiques, de tenter d’y donner une impulsion, de faire connaître leur situation, et de légitimiser leurs activités.

On fait la promotion d’une approche participative des parties prenantes. Nous les impliquons dans le projet afin de le construire ensemble. On aide au développement des pratiques et à l’animation de communautés. Par exemple, à l’IUGM une formation de formateurs en soins palliatifs en soins prolongés a été développée. Deux infirmières de CHSLD qui ont suivi la formation ont souhaité l’implanter dans les milieux. Elles sont venues nous voir et nous avons documenté et évalué le projet-pilote afin de valider la crédibilité de cette initiative.

« Nous privilégions l’exercice de l’évaluation dans un but de développement des connaissances, de soutien à la prise de décision, de promotion du débat démocratique ainsi que d’amélioration des pratiques, plutôt que de répondre à des impératifs essentiellement administratifs […]. Nous attirons l’attention sur une portée avouée de l’évaluation, à savoir sa contribution à l’amélioration des conditions sociales et collectives ou, autrement dit, d’empowerment des individus et des communautés. » Extrait du cadre de référence en évaluation de l’unité d’évaluation d’InterActions

Comment vous êtes-vous intéressé à ce sujet?

Bernard-Simon Leclerc : Je viens du milieu de la santé publique, toute ma carrière de chercheur s’y est déroulée. Les approches participatives, j’en ai toujours fait la promotion. J’ai été recruté comme chercheur pour créer une unité d’évaluation au centre InterActions. Les dirigeants partageaient ma philosophie, ils étaient sensibilisés et ouverts à cette forme d’évaluation.

Joey Jacob : Je suis un sociologue de formation. Ce que j’apprécie vraiment de l’unité d’évaluation, c’est notre capacité à répondre aux besoins des partenaires de tous les milieux. Nous pouvons voir leur engouement se développer pour l’évaluation au fur et à mesure que nos projets se concrétisent. L’impact est tellement important pour les acteurs que nous en tirons beaucoup de satisfaction!

Bernard-Simon Leclerc : Quand on fait des travaux de recherche sur plusieurs années, de longue haleine, la gratification est plus longue à venir. Quand on fait des projets d’évaluation avec les acteurs du milieu, on génère de l’information qui est utile plus rapidement.

Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Joey Jacob : Une des particularités de la recherche dans le domaine social est la difficulté à trouver du financement. Il y a toutefois de très beaux projets pour lesquels il vaut la peine d’y mettre l’effort.

Bernard-Simon Leclerc : Il y a beaucoup d’étudiants au baccalauréat qui ont une conception de la recherche comme étant du travail de laboratoire avec peu de contacts humains. Quand ils découvrent le travail que l’ont fait, ça change leur perspective sur la recherche et l’évaluation en général!

Il faut être tenace et tenir à nos valeurs comme évaluateur, la pression peut parfois être forte de faire une évaluation complaisante. Il faut aussi lutter pour mettre de l’avant le rôle de l’évaluation qui est trop souvent perçu comme un luxe. Le luxe, croyez-moi, c’est de ne pas faire une évaluation!

Bernard-Simon Leclerc chez eValorix

Joey Jacob chez eValorix

Propos recueillis par Félix Vaillancourt.