Nouvelle collection de livres sur le vieillissement de l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM)

L’équipe d’eValorix était présente au lancement officiel du livre « Vieillir en santé : c’est possible! » le 25 avril dernier au Salon Thalia à Montréal. Nous revenons aujourd’hui sur ce lancement qui a également permis de souligner la mise sur pied des Éditions du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, une nouvelle maison d’édition dédiée à la diffusion des connaissances des centres de recherche et d’expertise du CIUSSS.

Une nouvelle maison d’édition afin de diffuser les meilleures pratiques en termes de soins et de services et de promotion de la santé

Le mandat de la maison d’édition du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal est de diffuser, via des productions imprimées ou numériques, des informations basées sur des données probantes dans le domaine de la santé qui participent à :

  • Diffuser les résultats universitaires au grand public;
  • Contribuer à la promotion de la santé des clientèles vulnérables;
  • Partager les pratiques de pointe avec les professionnels de la santé;
  • Soutenir l’enseignement universitaire.

Afin de proposer des ouvrages de qualité, les Éditions du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal peuvent compter sur les conseils d’une autre maison d’édition partenaire d’eValorix, les Éditions du CHU Sainte-Justine.

Une collection Institut universitaire en gériatrie de Montréal (IUGM) sur le vieillissement

Fort du dynamisme de ses équipes de recherche et des expertises diversifiées au sein du CIUSSS, la maison d’édition vise à développer plusieurs collections allant du vieillissement au spectre de l’autisme en passant par les dépendances, les jeunes en difficultés, la réadaptation en déficience physique et les inégalités sociales (voir le site de la maison d’édition).

Les trois premiers livres des Éditions font partie de la Collection Institut universitaire en gériatrie de Montréal (IUGM), une initiative du Centre AvantÂge. La collection vise à contribuer à l’amélioration de la santé globale des 65 ans et plus et à leur autonomisation. Voici un petit aperçu des trois premiers ouvrages en attendant les prochains.

Livres« Vieillir en santé : c’est possible! »« Yoga pour soi : soulager la douleur chronique »« L’incontinence urinaire : la prévenir, la traiter »
RésuméCe livre propose des actions à prendre dès maintenant pour maintenir ou améliorer votre santé, loin des recettes toutes faites ou des produits miracles.Ce livre et ce DVD inspirants proposent différents exercices de yoga sur chaise à insérer dans des routines quotidiennes afin de soulager la douleur chronique.Clair, précis, sans jugement ni tabou, ce guide est une source d’information et de techniques aidantes. Décrivant les différents types d’incontinence, les facteurs et les causes qui y sont reliés, il présente également une série d’exercices à faire à domicile durant 12 semaines.
AuteursSylvie Belleville et Michèle SiroisAnnie CourtecuisseChantale Dumoulin

Retrouvez tous les livres et autres outils de l’IUGM pour le grand public et pour les professionnels de la santé.

Bernard-Simon Leclerc et Joey Jacob : l’évaluation des pratiques et des relations

Bernard-Simon Leclerc et Joey Jacob : l’évaluation des pratiques et des relations

Bernard-Simon Leclerc est chercheur d’établissement et responsable de l’unité d’évaluation du Centre de recherche et de partage des savoirs InterActions, du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Nord-de-l’Île-de-Montréal. Il est également professeur adjoint de clinique à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Expertises : Épidémiologie sociale, déterminants sociaux, inégalités sociales de santé, enjeux sociaux des services de santé et des services sociaux, évaluation des pratiques, des programmes et des interventions participatives et intersectorielles en général.

Joey Jacob est professionnel de recherche à l’Unité d’évaluation du Centre de recherche et de partage des savoirs InterActions du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Nord-de-l’Île-de-Montréal.

Expertises : Évaluation des pratiques, des programmes et des interventions participatives et intersectorielles, analyse de réseaux, déterminants sociaux, inégalités sociales de santé, enjeux sociaux des services de santé et des services sociaux,

À quel besoin souhaitez-vous répondre avec vos recherches?

Bernard-Simon Leclerc : Le centre de recherche et de partage des savoirs InterActions a une thématique qui traite de l’articulation des réseaux personnels, communautaires et publics face aux problèmes complexes. Nous pourrions dire que quelques éléments que nous touchons au centre sont les activités de recherche appliquée dans le domaine du social, l’enseignement, la formation, la mobilisation des connaissances scientifiques et pratiques ainsi que l’évaluation des programmes et des modes d’intervention. Dès que des personnes interagissent ensemble pour résoudre des problèmes, que ce soit des réseaux familiaux ou des réseaux professionnels, cela tombe potentiellement dans notre thématique.

Pour ma part, je suis responsable de l’unité d’évaluation. Nous avons un mandat large qui nous permet d’arrimer les préoccupations du milieu scientifique, celles des milieux de pratique et des autres acteurs du territoire du réseau local de services. Les intérêts d’étude de l’unité peuvent porter par exemple sur l’évaluation des services curatifs, des interventions sociales ou des interventions de santé publique. Nous proposons d’évaluer par exemple les besoins, l’implantation de projets, l’utilisation d’outils ainsi que les effets des interventions ou les pratiques cliniques.

Il est important de comprendre la distinction entre la recherche évaluative et l’évaluation de programmes. En recherche traditionnelle, la préoccupation est de générer de la connaissance pour la communauté scientifique. Dans l’évaluation de programme, les projets répondent plus particulièrement aux besoins de partenaires sur le terrain, c’est du sur-mesure en fonction du problème posé par les acteurs locaux.

Joey Jacob : Par exemple, l’outil « Incitatifs et obstacles à la supervision de stage » disponible sur le site d’eValorix répondait aux besoins de l’ensemble des organisations de soins de santé et de services sociaux de l’île de Montréal. Elles ont fait appel à nos services pour documenter les raisons pour lesquelles il était si difficile de recruter des superviseurs de stage et cela, dans plus d’une vingtaine de professions différentes. Notre projet a permis d’établir des recommandations et de développer différents outils afin d’augmenter le nombre de professionnels qui acceptent de superviser des stages.

Bernard-Simon Leclerc : Nous avons plusieurs projets qui ont gravité autour de cette problématique et nous avons reçu beaucoup de réponses positives des établissements de santé et des universités qui utilisent nos outils. Une forme d’accréditation « Formateur de choix » est même en voit d’être élaborée par le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal afin de créer des conditions favorables à la supervision de stage. Ces travaux se basent sur nos outils. C’est une très belle forme de valorisation de la recherche!

Quels sont les défis dans votre champ de recherche?

Joey Jacob : Nous devons nous assurer que les projets d’évaluation que nous réalisons seront pertinents pour les personnes qui les réclament. Notre objectif est d’aider à améliorer leur pratique. Considérant que souvent nos projets ont différents acteurs aux intérêts variés, nous entreprenons tous nos projets avec l’idée que tout le monde en sorte gagnant. C’est un beau défi que de conjuguer l’ensemble des exigences de nos clients!

Bernard-Simon Leclerc : L’un des défis les plus importants est de mobiliser les milieux à participer aux évaluations. La participation n’est pas acquise d’emblée. C’est pourquoi on essaie d’impliquer les participants, de faire de l’empowerment et de leur montrer les avantages de l’évaluation. Nous cherchons à faire des projets axés sur le concret et non pas des projets vagues ou trop ambitieux. On est peut-être un peu à contre-courant de la tendance générale dans le réseau de la santé; nos types d’évaluations répondent moins à des besoins managériaux de haut niveau qu’à des besoins très proches du terrain. On donne une voix à des intervenants qui travaillent plus près de la base, afin de documenter leurs pratiques, de tenter d’y donner une impulsion, de faire connaître leur situation, et de légitimiser leurs activités.

On fait la promotion d’une approche participative des parties prenantes. Nous les impliquons dans le projet afin de le construire ensemble. On aide au développement des pratiques et à l’animation de communautés. Par exemple, à l’IUGM une formation de formateurs en soins palliatifs en soins prolongés a été développée. Deux infirmières de CHSLD qui ont suivi la formation ont souhaité l’implanter dans les milieux. Elles sont venues nous voir et nous avons documenté et évalué le projet-pilote afin de valider la crédibilité de cette initiative.

« Nous privilégions l’exercice de l’évaluation dans un but de développement des connaissances, de soutien à la prise de décision, de promotion du débat démocratique ainsi que d’amélioration des pratiques, plutôt que de répondre à des impératifs essentiellement administratifs […]. Nous attirons l’attention sur une portée avouée de l’évaluation, à savoir sa contribution à l’amélioration des conditions sociales et collectives ou, autrement dit, d’empowerment des individus et des communautés. » Extrait du cadre de référence en évaluation de l’unité d’évaluation d’InterActions

Comment vous êtes-vous intéressé à ce sujet?

Bernard-Simon Leclerc : Je viens du milieu de la santé publique, toute ma carrière de chercheur s’y est déroulée. Les approches participatives, j’en ai toujours fait la promotion. J’ai été recruté comme chercheur pour créer une unité d’évaluation au centre InterActions. Les dirigeants partageaient ma philosophie, ils étaient sensibilisés et ouverts à cette forme d’évaluation.

Joey Jacob : Je suis un sociologue de formation. Ce que j’apprécie vraiment de l’unité d’évaluation, c’est notre capacité à répondre aux besoins des partenaires de tous les milieux. Nous pouvons voir leur engouement se développer pour l’évaluation au fur et à mesure que nos projets se concrétisent. L’impact est tellement important pour les acteurs que nous en tirons beaucoup de satisfaction!

Bernard-Simon Leclerc : Quand on fait des travaux de recherche sur plusieurs années, de longue haleine, la gratification est plus longue à venir. Quand on fait des projets d’évaluation avec les acteurs du milieu, on génère de l’information qui est utile plus rapidement.

Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Joey Jacob : Une des particularités de la recherche dans le domaine social est la difficulté à trouver du financement. Il y a toutefois de très beaux projets pour lesquels il vaut la peine d’y mettre l’effort.

Bernard-Simon Leclerc : Il y a beaucoup d’étudiants au baccalauréat qui ont une conception de la recherche comme étant du travail de laboratoire avec peu de contacts humains. Quand ils découvrent le travail que l’ont fait, ça change leur perspective sur la recherche et l’évaluation en général!

Il faut être tenace et tenir à nos valeurs comme évaluateur, la pression peut parfois être forte de faire une évaluation complaisante. Il faut aussi lutter pour mettre de l’avant le rôle de l’évaluation qui est trop souvent perçu comme un luxe. Le luxe, croyez-moi, c’est de ne pas faire une évaluation!

Bernard-Simon Leclerc chez eValorix

Joey Jacob chez eValorix

Propos recueillis par Félix Vaillancourt.

Yves Joanette : le langage et l'évaluation des habiletés de communication

yves joanette

Yves Joanette est professeur titulaire à la faculté de médecine de l’Université de Montréal et chercheur au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal. Il est également directeur scientifique de l’Institut du vieillissement des Instituts de recherche en santé du Canada.

Expertises

Vieillissement, communication, neurosciences cognitives, démences et lésions cérébrales, dont les impacts des lésions à l’hémisphère droit sur les habiletés de communication (traitement sémantique des mots, discours et pragmatique) et ses implications cliniques (évaluation et prise en charge).

À quel besoin souhaitez-vous répondre avec votre recherche?

Yves Joanette : L’intérêt de mon groupe de recherche et le mien est la manière dont les capacités à communiquer sont inscrites dans le cerveau. Ce qui m’a toujours fasciné est comment le cerveau et ses capacités évoluent avec l’âge tout en maintenant ces habiletés de communication de manière optimale. Je m’intéresse aussi à l’effet des lésions cérébrales sur le cerveau, en me focalisant sur des dimensions de la communication ou du langage, un domaine qui a été l’une des premières fenêtres sur la compréhension du fonctionnement du cerveau.

On s’intéressait déjà aux impacts des lésions cérébrales à la fin du 19e siècle sur le langage. Avec mon équipe, nous nous sommes intéressés aux impacts de telles lésions sur des aspects de la communication qui n’avaient pas été pris en compte à ce moment. Quand on pense à la communication, on peut penser aux mots, à l’articulation… mais la communication c’est surtout faire passer un message ou une intention de communication adaptée à l’interlocuteur et au contexte. Bien communiquer, c’est aussi bien organiser sa pensée et son discours. Tous ces aspects de la communication n’avaient pas été pris en compte dans le passé et c’est ce sur quoi se penche mon équipe.

Suite aux nombreux travaux de recherche que nous avons effectués, il nous est rapidement paru important de voir comment on pouvait transformer les connaissances en outils cliniques afin d’aider ceux qui subissent les contrecoups des lésions cérébrales. Pour ce faire, il a fallu impliquer les collègues qui sont aux premières loges: les cliniciens et les cliniciennes. Notre manière de travailler ensemble n’était pas de simplement offrir ce que l’équipe de recherche pensait être le meilleur. Notre collaboration avec eux a été profondément bidirectionnelle. Nous avons ainsi répondu à leurs besoins exprimés, et nous les avons invités à s’impliquer dans le travail de création de ces outils, tout en offrant la rétroaction à notre équipe suite aux premières utilisations de l’outil clinique; un beau travail de communication!

Quels sont les défis dans votre champ de recherche?

Yves Joanette : L’interdisciplinarité est une opportunité et un défi. L’apport des autres disciplines et spécialistes permet d’aborder la question qui nous intéresse. L’étude du cerveau est particulièrement interdisciplinaire.

Il faut comprendre le langage de l’autre. L’interdisciplinarité n’est pas la mise en apposition d’une série de bureaux de spécialistes. Il faut créer des cadres de référence et un langage commun, une compréhension commune. Et c’est là le défi !

Comment vous êtes-vous intéressé à ce sujet?

Yves Joanette : La complexité du cerveau et son organisation fonctionnelle m’ont toujours fasciné. La communication, l’un des comportements propres à l’humain, est la porte d’entrée et sortie du cerveau !

L’être humain est social, il est connecté aux autres par la communication. Si on est frustré dans sa communication, si on ne se fait pas bien comprendre, on ne peut pas pleinement jouer son rôle dans la société.

Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Yves Joanette : La recherche fondamentale est nécessaire, mais la recherche appliquée et clinique offre le grand privilège de permettre de voir et de mesurer l’application concrète des connaissances développées, des outils imaginés et des approches au bénéfice de celles et ceux qui ont besoin de notre appui.

Il faut être passionné par la question sur laquelle on veut se pencher. Il faut que les grandes questions auxquelles on s’intéresse nous motivent au plus haut point.

Yves Joanette chez eValorix

Propos recueillis par Félix Vaillancourt.

L’Université de Liège (ULg) diffusera désormais sur eValorix les outils numériques développés par ses chercheurs et enseignants.

L’Université de Liège, première université belge sur eValorix

L’équipe d’eValorix est fière d’accueillir son premier partenaire belge au sein de son réseau. En plus de ses 3500 enseignants et chercheurs qui s’investissent dans la formation des étudiants et dans une recherche académique de haut niveau, l’ULg est également un leader mondial en matière de publications scientifiques en libre accès. Ses centres de recherches comme le GIGA (biotechnologies, génomique, cancer, neurosciences…), CSL (spatial), CIP (ingénierie des protéines), CRC (cyclotron, radiopharmaceutiques), FARAH (médecine vétérinaire) ou TERRA (agro-bio technologies, alimentation) jouissent d’une bonne réputation internationale. Voir le site internet de l’ULg.

L’Université de Liège, troisième partenaire européen francophone

L’ULg est la troisième organisation européenne à utiliser les services d’eValorix, après la SATT Sud Est (France) et Conectus Alsace (France), deux sociétés d’accélération du transfert de technologies. Plusieurs discussions sont actuellement en cours avec d’autres établissements internationaux. Nous espérons pouvoir annoncer d’autres partenariats dans les prochaines semaines.

Plusieurs outils développés par des chercheurs de l’ULg seront bientôt mis en ligne sur eValorix, restez à l’affût.

Irstea et eValorix : un nouveau partenariat pour la diffusion d'outils en environnement et agriculture

En cette rentrée 2017, eValorix est fière de vous présenter son nouveau partenaire : l’Institut national de Recherche en Sciences et Technologies pour l’Environnement et l’Agriculture (Irstea). Cet organisme intègre notre réseau de partenaires français après Conectus Alsace et la Société d’Accélération du Transfert de Technologies (SATT) Sud Est. Ce partenariat permettra la diffusion d’outils innovants destinés aux acteurs du secteur de l’environnement.

Irstea : un organisme expert des enjeux environnementaux

Organisme de recherche pluridisciplinaire, Irstea met en valeur les principaux enjeux environnementaux de notre époque. Agriculture raisonnée, gestion de territoire, ou encore risques climatiques sont autant thématiques abordées dans le cadre des travaux de ses chercheurs. Depuis 1981, cet institut, autrefois connu sous le nom de Cemagref, décrypte l’ensemble des interactions entre l’être humain et la planète. Ses recherches sont inscrites dans une volonté de contribuer à la résolution des défis environnementaux européens et internationaux.

Pour en savoir plus sur Irstea, visitez leur site web.

Les outils prochainement diffusés par Irstea sur eValorix : guides techniques, rapports et logiciels

Irstea est à l’initiative de nombreux outils, mines de savoir et d’informations. Vous retrouverez notamment, au sein du catalogue eValorix, divers guides techniques relatifs à différents enjeux environnementaux, allant du traitement de l’eau potable à la gestion du risque d’incendie. Vous pourrez également y découvrir des rapports statistiques ainsi que certains logiciels destinés aux acteurs du milieu environnemental.
Ces différents outils seront ajoutés au catalogue d’eValorix dans les prochaines semaines.

Retrouvez la page dédiée à la diffusion de Irstea sur eValorix : https://evalorix.com/institutions/irstea-institut-national-de-recherche-en-sciences-et-technologies-pour-lenvironnement-et-lagriculture/

Anne Mesny, la mesure et les indicateurs

anne mesny
Anne Mesny est professeure titulaire au Service de l’enseignement du management. Elle est également directrice du Centre de cas HEC Montréal.

Expertises

Pédagogie en gestion, utilisation et valorisation des savoirs académiques, apprentissages du métier de gestionnaire, sociologie des organisations, éthique de la recherche en sciences sociales.

À quel besoin souhaitez-vous répondre avec vos recherches?

Anne Mesny : Je m’intéresse aux relations entre théorie et pratique et à l’utilisation des connaissances scientifiques. Ce qui est frappant quand on regarde la recherche sur l’utilisation des savoirs académiques, c’est qu’on part toujours du principe que les connaissances issues des sciences de la nature sont plus utiles que les celles des sciences sociales. Elles peuvent donner lieu à des résultats plus visibles, par exemple les brevets. Ce que je tente de faire avec mes recherches, c’est de montrer que les savoirs issus des sciences sociales, y compris le management, sont intensément utilisés mais que cette utilisation est moins visible.

Prenons une illustration simple : quelqu’un qui se marie ou qui divorce a probablement entendu parler des taux de mariage et de divorce dans les sociétés modernes ainsi que des explications variées, sociologiques, économiques, psychologiques, anthropologiques, etc., pour rendre compte de ces taux. Ces connaissances proviennent en partie de recherches en sciences sociales, mais la personne qui la mobilise pour mûrir sa réflexion au sujet de son propre mariage ou divorce n’en a pas forcément conscience. Il ne s’agit pas d’une utilisation visible ni instrumentale de la recherche.

Mon intérêt de recherche porte donc sur les manières dont sont utilisées les connaissances issues des sciences sociales, et aussi sur les manières de mieux les diffuser à l’extérieur du monde académique. Je suis aussi à la recherche d’indicateurs, de signaux ou de « marqueurs » pour repérer les utilisations de ces connaissances, alors même qu’une telle utilisation est très difficilement « mesurable ».

En ce sens, la création d’eValorix grâce à l’aide notamment de Nicolas Pinget, m’intéressait en tant que chercheure. En effet, eValorix repose sur l’idée qu’il est possible de transformer des connaissances en sciences sociales ou en gestion en artefacts visibles, comme des méthodes ou des outils de diagnostic qui leur donnent une plus grande visibilité. Au-delà de l’aspect « valorisation », c’est donc surtout l’aspect « visibilité » qui m’intéressait.

Quels sont les défis dans votre champ de recherche?

Anne Mesny : Le principal défi c’est la mesure et les indicateurs. Dans mes domaines (la sociologie et la gestion) il est très difficile de « mesurer » l’utilisation ou l’utilité de la connaissance. J’aime bien la métaphore de la traçabilité dans les aliments. On est maintenant capable de remonter du steak emballé à l’épicerie jusqu’à la vache chez l’éleveur. Comment est-on capable de tracer la connaissance issue des sciences sociales – comme par exemple un chercheur qui théorise sur l’échec scolaire – jusqu’au moment où cette théorie inspire une politique publique ou même lorsque des parents utilisent cette connaissance pour s’expliquer certains problèmes de leur enfant à leur école? J’aimerais être capable de tracer la connaissance dans tout ce circuit.

Plus la connaissance issue des sciences sociales est diffusée dans la sphère publique, plus elle fait partie du sens commun, plus on en oublie la source initiale. Le paradoxe fait que plus cette connaissance est utilisée, plus il devient difficile de la tracer ou de la mesurer à l’aide d’indicateurs.

Mesurer l’utilisation des connaissances entre chercheurs, c’est facile – bien qu’il y aurait long à dire sur les indicateurs dont on se sert pour le faire. Cela se corse lorsque l’on tente d’évaluer comment les connaissances sortent du milieu académique ou même parfois si elles en sortent.

Comment vous êtes-vous intéressée à ce sujet?

Anne Mesny : J’ai toujours été très étonnée d’entendre que les sciences sociales sont moins utiles que les sciences de la nature. Lorsque j’écoute des conversations dans le métro ou que je lis un article de journal, je vois des sciences sociales et des connaissances qui circulent! Quand telle théorie néolibérale est (re)passée dans le sens commun (après s’en être nourrie puis détachée!) ou qu’un jeune parle de coût de transactions en se demandant quel est le meilleur moyen de s’acheter sa première auto, c’est majeur! Les notions issues des sciences sociales sont extrêmement utilisées, mais c’est mal documenté et mal compris.

Cette utilisation tous azimut des connaissances issues des sciences sociales peut-être bonne ou mauvaise. Il n’y a rien de forcément positif ou émancipateur dans la mobilisation d’une connaissance. Il n’y a qu’à penser à certaines prophéties autoréalisatrices en économie… Je ne veux pas montrer la beauté de l’utilisation des connaissances issues des sciences sociales, mais plutôt montrer qu’on les utilise tout le temps et que ces utilisations sont porteuses de toutes sortes d’effets, positifs et négatifs… Ces connaissances sont des munitions continuelles dans la réflexion et le discours d’un parent,  d’un chef d’État ou d’un chef d’entreprise.

Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Anne Mesny : J’ai peut-être donné, à tort, l’impression qu’il y a une nette séparation entre les sciences sociales et les sciences de la nature. Cette séparation est toute relative. Beaucoup de phénomènes concernant l’utilisation des connaissances – la transformation en « sens commun », les utilisations conceptuelles ou symboliques, etc. – concernent à la fois les sciences de la nature et les sciences du social.

Il y a un fond commun sur la manière dont les connaissances circulent dans les sociétés. Les technologies, l’internet et les réseaux sociaux, transforment en profondeur les façons de diffuser et d’utiliser ces connaissances. Il reste énormément à étudier là-dessus!

Anne Mesny chez eValorix

Propos recueillis par Félix Vaillancourt

Press Release – For Immediate Release

University of Manitoba and eValorix, products and tools created by researchers

Winnipeg, July 23, 2018 – The University of Manitoba and eValorix announce the signing of a master licence agreement that will allow researchers at the university to market their products on the eValorix.com web platform. This agreement aims to promote and make more accessible the products and tools created by researchers at the University.

Through this agreement, the researchers will have access to a platform that simplifies the distribution of their innovations for both promotional and new revenue sources.

eValorix offers a wide range of products created from various research domains. These products are used by research teams, professors, businesses and community organizations from around the world.

For Darren Fast, Director of the Technology Transfer Office at the University of Manitoba, “eValorix gives the University of Manitoba an opportunity to promote and capture value from knowledge created by our researchers such as best practices and other digital products. Until now, we’ve not had an effective distribution channel. This should benefit the creators and society in general as it is important to get the best tools into the hands of those who can use them.”

“We are proud to have the University of Manitoba among our partners. It’s our first partner in Western Canada and it’s a big step towards becoming a pan-Canadian platform. This new collaboration will enable eValorix to enrich its product offering and will contribute to researchers’ outreach,” said Jacques Simoneau, President of eValorix.

About the University of Manitoba

Since 1877, the University of Manitoba has been driving discovery and inspiring minds through innovative teaching and research excellence. Proudly located in the heart of Canada, the U of M has a strong and engaged community of students, faculty, staff, alumni, donors and community partners. Our connection to the agricultural and natural landscapes of the Canadian Prairie, to the Arctic, to local and Indigenous communities has shaped our research focus. We have made pioneering contributions in many fields and developed life-changing solutions to problems being faced by peoples in Manitoba, Canada and the world.

About eValorix

Created in June 2012 in Montreal by Univalor, eValorix promotes and distributes case studies, guides, tests, training kits, eBooks, databases, software/apps, videos and other digital and physical tools created from public research. eValorix has over 30 partners with nearly 2,000 products involving over 1,500 researchers from 29 countries.

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For more information:

Daniel Guay
Manager of Sales & Partnerships
eValorix
514 340-8500
daniel.guay@evalorix.com

Source:

Janine Harasymchuk
Communications Officer, Office of the VP (Research and International)
Marketing Communications Office
University of Manitoba
204-474-7300
janine.harasymchuk@umanitoba.ca

Eric Brunelle et la gestion de la distance en milieu professionnel

Eric Brunelle est professeur agrégé au service de l’enseignement du management à HEC Montréal.Éric Brunelle

Expertises

Leadership et habiletés de direction, e-leadership et direction de personnes à distance

La mission d’eValorix est de diffuser les outils numériques issus de la recherche publique. Cette entrevue fait partie de la série d’entrevues avec les femmes et les hommes derrière cette recherche.

eValorix : À quel besoin souhaitez-vous répondre avec votre recherche ?

Eric Brunelle : J’essaie avec mes recherches d’aider les gestionnaires qui gèrent des personnes au travers des technologies à trouver des moyens efficaces d’y parvenir. Au Canada, il y a environ 40% des travailleurs en entreprise qui passent au moins une journée par semaine à l’extérieur des bureaux conventionnels de leur compagnie, en déplacement ou en télétravail. Cette modification des comportements professionnels amène certains gestionnaires à être contraint à gérer des gens qu’ils ne voient pas régulièrement et avec lesquelles ils doivent apprendre à communiquer et interagir différemment. Certains contacts entre deux personnes d’une même entreprise se font majoritairement par téléphone, par texto ou bien par courriel. Cela remet profondément en question la manière d’exercer son leadership au sein d’une équipe. Le temps des rencontres physiques et souvent informelles au cours desquelles on recherche une information et on influence les jeunes est en train de disparaitre. Au final, le but ultime de mes recherches est de trouver des moyens d’établir des relations fortes et durables et d’exercer convenablement son leadership dans ce contexte spécial. Comment on peut réussir à être un bon gestionnaire malgré la distance ? Mes recherches ont pour objectif d’assister les gestionnaires dans leurs recherches de performance, et d’aider les entreprises à mettre en place des pratiques pour mieux supporter ce changement.

eValorix : Quels sont les défis dans votre champ de recherche ?

Eric Brunelle : Les organisations avec lesquelles je travaille sont toutes différentes, et il faut s’adapter. Par exemple, dans le réseau de la santé, il y a eu récemment une nouvelle loi. Depuis cette dernière, les patrons ne sont plus tous regroupés au même endroit, mais sont dispersés partout. Cela a donné lieu à une organisation nouvelle que l’on appelle la gestion multiple. Celle-ci a des enjeux qui lui sont propres et qui nécessitent de s’adapter aux différents emplacements géographiques. La distance est bien présente, et mène à une utilisation intensive des technologies. Pourtant quand je m’adresse aux personnes qui se trouvent dans ce type de contextes, ils ne comprennent pas toujours que cette distance doit être gérée. Ils ont l’impression que la distance c’est seulement pour ceux qui font du télétravail et que ça ne les concerne pas vraiment. C’est là un de mes grands défis.

Ensuite, en termes de recherches, le défi est que le niveau des connaissances actuelles sur la notion de distance n’est pas très avancé. Il y a souvent de la confusion quant à ce qui est réellement en cause. Par exemple, la notion de distance est un concept qui possède plusieurs dimensions. Par exemple, il y a la distance physique, celle qui correspond à l’éloignement géographique, comme deux personnes dans deux villes différentes. Il y a également la distance psychologique, celle qui nous habite, qui est perçu et vit dans notre imaginaire. Combien de fois s’est-on déjà dit que l’on se sent très proche de quelqu’un qui est à l’autre bout du monde, mais éloigné de son voisin de bureau que l’on ne connait pas tant que ça ? Il y a quelque chose de très intangible là-dedans. L’impact de la distance physique est souvent très différent que celle de la distance psychologique. C’est un grand défi de comprendre la part de l’un et de l’autre. Mais tranquillement, on y arrive !

eValorix : Comment vous êtes-vous intéressée à ce sujet ?

Eric Brunelle : Je faisais des recherches sur ce sujet-là déjà en 1997 ; cela fait donc 20 ans que je travaille là-dessus. Mon premier article a été publié aux alentours de l’année 2001. A l’origine j’étais un entrepreneur. C’était le temps de la montée d’Internet, tout le monde parlait du bug de l’an 2000. Moi, je m’intéressais déjà aux enjeux majeurs d’Internet. J’étais à mon compte et les clients que j’avais ne connaissaient pas très bien les implications et les possibilités qu’offrait la toile. Ce n’était pas encore ancré dans les mentalités. J’ai détecté à ce moment-là une réelle opportunité d’affaire. Je me suis dit que d’ici quelques temps, les entreprises auraient besoin de mon aide pour les orienter sur la manière d’utiliser internet, autant dans leur mode d’organisation du travail que dans leur stratégie d’affaires. Je pensais déjà aux enjeux tels que le travail à domicile. Je me suis mis à m’intéresser à ça comme consultant, et de fil en aiguille, j’ai réalisé que tout cela allait bouleverser de manière majeure les organisations. L’élément déclencheur s’est fait là. En m’intéressant à cette affaire-là je me suis rendu compte qu’il y avait vraiment un besoin. J’ai par la suite commencé à faire quelques recherches sur le sujet. À l’époque on était peut-être trois ou quatre dans le monde à véritablement travailler sur ce sujet. Aujourd’hui on est pas mal plus que ça.

eValorix : Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Eric Brunelle : Le plus important, c’est surtout de s’ancrer dans une réalité concrète. Personnellement, je m’intéresse au concept de distance, mais je fais toutes mes recherches actuelles dans un contexte bien précis. Quand j’écris en limitant le discours à la gestion de la distance ou dans un contexte de gestion multiple (gérer les employés à domicile, tout ce qui concerne la gestion à distance), c’est souvent difficile pour les lecteurs à concevoir, à comprendre. Il est donc important de s’assurer d’être concret dans les démarches de recherche. Par exemple, si je fais une recherche sur l’impact de la distance pour les travailleurs à domicile, ne vais pas aborder la notion de travailleurs mobiles, même s’il est possible de faire de nombreux liens, cela génère souvent de la confusion pour les lecteurs. Je donnerais aussi le conseil de trouver des applications pratiques. Dans un domaine aussi conceptuel, il est grandement recommandé de fixer les choses au travers de bonnes pratiques, de bonnes stratégies, de bons moyens de faire et que les gestionnaires peuvent mettre en place.

Eric Brunelle chez eValorix

Texte par Camille Briquet
Propos recueillis par Camille Briquet

Le soutien aux victimes d’agressions sexuelles : entrevue avec Mireille Cyr

Mireille CyrMireille Cyr est professeure titulaire au département de psychologie de l’Université de Montréal. Elle est également directrice scientifique au Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et les agressions sexuelles (CRIPCAS) et co-titulaire de la Chaire de recherche Marie-Vincent sur les enfants victimes d’agression sexuelles.

Expertises

Agression sexuelle envers les enfants, Soutien parental, Entrevue d’enquête, Profils d’adaptation

eValorix : À quel besoin souhaitez-vous répondre avec votre recherche ?

Mireille Cyr : J’essaie de répondre aux besoins des victimes d’agressions sexuelles. Mes recherches visent principalement à aider les victimes à deux niveaux. Le premier soutien se fait au niveau de l’assistance dont elles pourraient avoir besoin, notamment de la part de leurs parents non agresseurs, pour composer avec les séquelles de leur agression. Mon second rôle est plutôt situé au niveau de l’entrevue d’enquête réalisée par les policiers avec les enfants : notre but est d’aider les policiers à détenir de meilleurs outils pour mener du mieux possible ces entrevues. Je travaille principalement auprès d’enfants et d’adolescents. Il est certain que l’on est confronté à la souffrance des parents, à l’impact et au choc du dévoilement de l’agression de leur enfant. C’est un domaine de recherche qui peut paraitre difficile au premier abord, de par le contenu de ce que les enfants révèlent, ou de par la souffrance des parents. Cependant, cela n’en est pas moins un domaine motivant par la recherche. Cette dernière contribue à améliorer de manière significative le vécu des parents et donc celui des enfants. Il en est de même pour les policiers : nos recherches les aident à faire de meilleures entrevues, ce qui aide les enfants à se sentir mieux compris, plus écoutés. Mes recherches ne concernent pas directement les traitements auprès des enfants, mais nous savons que le quotidien de ces jeunes est tout de même amélioré grâce à notre activité. Par le biais des parents et des policiers, on les aide à bénéficier d’une aide qui va leur permettre de surmonter le traumatisme qu’ils sont en train de vivre. Cela compense peut-être la difficulté de la thématique des révélations auxquelles nous avons accès. Nous savons que la recherche peut faire une différence sur les pratiques et sur la vie des personnes concernées.

eValorix : Quels sont les défis dans votre champ de recherche ?

Mireille Cyr : Il y a deux principaux défis. Le premier, c’est de travailler au quotidien avec des professionnels en indirect. Ces gens-là sont pris dans leur travail quotidien, ils sont très occupés, que ce soit les psychologues, les travailleurs sociaux, ou même les policiers. Mon accès aux participants pour les projets de recherche se fait grâce à ces personnes-là, et grâce aux contacts de confiance et relations de recherches développées avec eux. Cela implique donc qu’ils arrivent à trouver du temps dans leur horaire et dans leur organisation de façon à pouvoir nous aider à avoir accès à notre clientèle. De plus, les gens lorsque nous les rencontrons sont encore parfois en situation de crise, dans une étape très difficile de leur vie. Solliciter ces gens-là n’est donc pas évident, et ce surtout lorsque les intermédiaires eux-mêmes sont souvent débordés et changent de fonction après quelques années, les liens sont donc à refaire. Le second défi se situe plutôt au niveau des participants. Nous devons aborder nos questions de recherche sans causer plus de dommages sur le vécu des victimes et de leur entourage. Notre rôle est de s’assurer que les interventions et les questions que l’on élabore vont être mises en place dans un climat de soutien et que cela ne viendra pas ajouter un fardeau supplémentaire ou créer des difficultés dans un période de crise majeure pour les victimes.

eValorix : Comment vous êtes-vous intéressée à ce sujet ?

Mireille Cyr : Le déclic s’est fait à travers mon travail de professeur d’université. Je préparais des étudiants à la maitrise en psychologie, ils apprenaient la psychothérapie. J’ai alors été frappée par le nombre de femmes ou de jeunes femmes qui nous révélaient avoir été agressées, souvent par des proches, et qui venaient consulter à cause des séquelles de ces agressions. C’est vraiment après cela que je me suis mise à m’intéresser à la question des agressions sexuelles et je me suis joint à une groupe de recherche qui travaillait en partenariat avec des intervenants des centres jeunesse qui avaient besoin d’assistance pour réaliser leur mission « sur le terrain ». C’est comme cela que j’ai commencé à regarder les séquelles chez les enfants et les adolescents. Je me suis également intéressée au soutien maternel : comment peut-on aider au mieux les mères (et même les pères) à soutenir leur enfant ? La question « Comment faire de bonnes entrevues » est venue du questionnement des intervenants avec qui on travaillait, et s’est étendue aux policiers qui font aussi des entrevues auprès des enfants. Les interrogations sont venues du terrain, de la pratique de ces personnes, des gens avec qui je collabore.

eValorix : Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Mireille Cyr : Je lui dirais que même s’il y a eu beaucoup de progrès dans les connaissances et l’intervention concernant les agressions sexuelles, on se rend bien compte quand on regarde l’actualité que cette question-là demeure malheureusement une problématique sociale importante. Les victimes, peu importe leur âge, ont de la difficulté à révéler ce qui s’est passé. Quand arrivent des évènements comme l’histoire de Gilbert Rozon récemment, on se rend compte que le dévoilement n’est toujours pas facile et met parfois longtemps à avoir lieu. Il y a encore des besoins, entre autres pour faciliter cette étape difficile de la révélation. Il y a des périodes de crise pendant lesquelles la médiatisation va en aider certains, mais après, cela retombe. Pour quelqu’un qui débute dans le domaine il y a beaucoup de questions primordiales auxquelles on n’a pas encore répondu : comment faciliter ce dévoilement-là, comment faire de la prévention, comment diminuer le harcèlement sexuel, comment rendre les relations de couple plus respectueuses et égalitaires… Il y a encore du travail sur de nombreux points clés. Les choses avancent, mais avant que les mentalités changent de façon durable, il y a encore du chemin à faire.

Mireille Cyr chez eValorix

Texte par Camille Briquet
Propos recueillis par Camille Briquet

Vieillissement à domicile et intelligence artificielle : entrevue avec Bruno Bouchard

Vieillissement à domicile et intelligence artificielle : entrevue avec Bruno Bouchard

Bruno Bouchard est professeur et chercheur au sein du département d’informatique et de mathématique de l’Université du Québec À Chicoutimi. Il est également associé au laboratoire LIARA, qu’il a cofondé en 2008.

Expertises

Intelligence artificielle, technologies d’assistance, technologies de la santé.

À quel besoin souhaitez-vous répondre avec votre recherche ?

Bruno Bouchard : Actuellement, au Québec comme ailleurs, le monde fait face à une crise démographique sans précédent ainsi qu’à un vieillissement accéléré de la population. Cette réalité-là est aggravée par un problème de pénurie de personnel qualifié, mais surtout un manque de ressources pour engager cedit personnel, notamment pour les soins à domicile dédiés aux personnes en perte d’autonomie. Je parle par exemple ici des personnes âgées, des gens qui souffrent d’Alzheimer, de déficiences cognitives légères, mais aussi des personnes plus jeunes comme celles qui souffrent de traumatismes crâniens ou de déficiences intellectuelles. Les gouvernements souhaitent, pour des raisons économiques et sociales, maintenir ces personnes-là à domicile le plus possible. Il est vrai que cette pratique est souhaitable : cela améliore la qualité de vie des personnes qui peuvent vivre aussi normalement que possible et avoir une existence digne, sans ségrégation des hôpitaux. Le problème que l’on rencontre aujourd’hui, c’est que ce maintien à domicile comporte des risques et des problématiques importantes. C’est ici que nous avons un rôle à jouer en tant que chercheurs. Les environnements physiques et humains des résidents, les appartements, les lieux, tout cela doit être adapté voir augmenté grâce à la technologie. Cela permet de répondre aux besoins des personnes, pallier à leurs incapacités cognitives et physiques et assurer leur sécurité. Cela met également à disposition des outils informatiques qui permettent de supporter les proches aidants et les professionnels de la santé pour qu’ils puissent faire un meilleur travail : supporter un plus grand nombre de patients, faire une partie de leur travail à distance… Nos recherches s’inscrivent donc dans le concept d’habitat intelligent. Nous sommes à la frontière entre intelligence artificielle ambiante et santé : en tant que spécialistes en intelligence artificielle, on applique notre technique dans le domaine de la santé. Nous utilisons de nombreux dispositifs électroniques. Par exemple, nous travaillons avec une grande panoplie de capteurs que l’on intègre un peu partout dans les objets du quotidien : les portes d’armoire, les cuisinières, les lampes… On utilise également des capteurs biométriques, lorsque l’on souhaite par exemple équiper la personne d’une montre intelligente. Nous pouvons également avoir besoin de capteurs de luminosité, de capteurs ultrasons ou infrarouges. Le but est de les intégrer dans l’appartement de la manière la plus transparente possible et de comprendre ce que la personne est en train de faire. Ainsi, nous pouvons détecter les situations à risques, ou celles où la personne aura besoin d’assistance, et l’aider. Prenez cet exemple : une personne qui souffre de déficience cognitive démarre la cuisinière pour faire à manger. Elle fait bouillir quelque chose et soudainement, le téléphone sonne. Elle va aller répondre au téléphone, il va y avoir une potentielle surcharge cognitive et elle va oublier qu’elle est en train de faire la cuisine. Elle va ensuite aller lire un livre dans sa chambre. C’est typiquement ce genre de situation qu’on veut être apte à détecter et à corriger. Attention : nous ne sommes pas dans une approche d’automatisation ! Même s’il est possible de prendre le contrôle de la cuisinière et de la couper, ce n’est pas ce qu’on va faire en premier lieu. Nous allons tenter de ramener la personne à son activité. Par exemple, nous pouvons faire flasher les lumières de sa maison pour faire un chemin qui la ramènera dans la cuisine, et une fois dans la cuisine, prendre le contrôle de l’iPad qui est sur le réfrigérateur pour lui envoyer une vidéo qui lui indiquera de fermer son poêle. Notre but, c’est l’autonomisation. On souhaite que la personne réussisse à corriger ses erreurs par elle-même, mais évidemment, s’il y a un danger immédiat, on va intervenir plus directement.

Quels sont les défis dans votre champ de recherche ?

Bruno Bouchard : La technologie pour faire tout ce que l’on souhaite faire existe déjà. Les capteurs dont on a besoin pour aller chercher l’information existent, les effecteurs qui nous servent à guider la personne lorsque l’on veut l’aider à faire quelque chose existent également. On se sert d’écrans sur lesquels envoyer des images, de haut-parleurs, de lumières pour pointer et flasher, de bras robotisés, tout cela existe. Notre principal verrou scientifique, c’est d’être capable de réunir les informations et de créer une intelligence artificielle qui sera capable d’exploiter toute cette masse de données là pour être capable de synthétiser une solution. Le défi majeur est bien là : comment partir des milliers de données brutes provenant des capteurs (mouvement d’un objet, baisse de luminosité) pour être capables de sélectionner les données pertinentes ? Comment les traiter intelligemment pour être capable de comprendre quelle est l’action en cours, la présence ou non de danger ou d’erreur cognitive ? Notre objectif est d’être capables de nettoyer et sélectionner les données pour comprendre le sens des activités de la personne. Le premier challenge scientifique rencontré au laboratoire concerne les modèles d’intelligence artificielle pour la reconnaissance d’activités en temps réel. Le deuxième grand problème, c’est l’apprentissage machine : comment passer d’un historique de données à des déductions de comportements ou de tendances pour savoir ce qui est normal et ce qui ne l’est pas ? Comment peut-on apprendre les routines et les habitudes de vie des personnes automatiquement à partir d’apprentissage machine pour mieux pouvoir les assister ? Troisièmement, il faut être capable de construire une solution d’assistance en temps réel. Si je sais que la personne est en train de faire telle activité à tel endroit, il faut que je construise rapidement une solution d’assistance qui est adaptée à cette erreur-là pour l’aider. Ici encore, c’est un algorithme d’intelligence artificielle qui va analyser les appareils disponibles dans la pièce pour lui envoyer des indices afin de lui dire où aller et quoi faire. Il faut analyser les modalités disponibles ainsi que les différentes options pour construire dynamiquement une solution d’urgence.

Comment vous êtes-vous intéressé à ce sujet ?

Bruno Bouchard : Cela s’est fait plutôt naturellement. J’ai fait une maitrise à l’UQAM en informatique en intelligence artificielle, mais plus axée sur le commerce électronique. Lorsque j’ai débuté mes études doctorales à l’université de Sherbrooke, j’ai découvert un nouveau laboratoire qui venait tout juste d’être construit, le laboratoire Domus. Ce dernier se voulait multidisciplinaire, avec un programme qui portait sur la domotique dans les résidences. La recherche tournait autour de la disposition de capteurs et d’effecteurs dans les résidences, leur exploitation, et les différentes applications. La santé était une application parmi les autres, au départ d’importance réduite, mais vouée à une croissance fulgurante au fil du temps. Quand je suis arrivé là, de me dégager un projet en adéquation avec mon expertise en intelligence artificielle et avec le domaine du laboratoire. J’ai tout de suite pensé au maintien à domicile, et j’ai donc fait de nombreuses recherches sur le sujet. À ma connaissance, cette initiative était parmi les premières dans le domaine au Québec. J’ai regardé comment je pouvais exploiter mes connaissances en intelligence artificielle pour les utiliser pour la reconnaissance d’activités de personnes souffrant d’Alzheimer, et j’en ai fait mon sujet de thèse. Les recherches que j’ai faites ont été l’embryon du programme de recherche plus large de l’équipe du laboratoire. Par la suite, j’ai effectué un stage post doctoral à l’université de Toronto en technologies d’assistance. Quand j’ai eu mon poste à l’UQAC, il n’y avait rien dans ce domaine-ci. Avec l’expérience que j’avais, j’ai proposé à la direction de fonder ici, un laboratoire dédié sur la recherche dans le créneau de l’intelligence ambiante pour le domaine de la santé. Cela a été accepté. J’ai donc démarré un nouveau laboratoire avec mon collègue Abdenour Bouzouane il y a environ une dizaine d’années.

Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Bruno Bouchard : Je lui dirais tout d’abord que c’est un domaine très captivant et en plein essor. Les perspectives au niveau de l’emploi, de la recherche et du développement sont phénoménales. Il y a un nombre incroyable d’entreprises qui démarrent dans le domaine des technologies de la santé. Le marché des technologies est en pleine augmentation un peu partout dans les pays occidentaux. L’intelligence artificielle fait des bonds de géants et est de nos jours très tendance, beaucoup d’entreprises prennent le virage. L’expertise que l’on vient chercher dans ce domaine-là, c’est de l’expertise que l’on peut réutiliser vraiment partout : reconnaitre des activités humaines dans un appartement ou reconnaitre d’autres activités, cela ne fait pas grande différence. En parallèle, les technologies dans le domaine de la santé sont en pleine expansion aussi. D’un côté, il y a l’essor de l’intelligence artificielle, mais il y a aussi de plus en plus d’argent investi dans les technologies de la santé pour trouver des solutions technologiques aux problèmes de vieillissement de la population. Travailler à la frontière entre ces deux domaines d’avenir est donc vraiment captivant ! De plus, les produits que l’on développe apportent une solution concrète aux gens : leur satisfaction est motivante, tout autant que le fait de voir le fruit de nos recherches sous une forme physique. Par exemple, nous avons conçu une cuisinière intelligente pour les personnes atteintes d’Alzheimer : c’était un aboutissement très gratifiant !

Bruno Bouchard chez eValorix

Texte par Camille Briquet
Propos recueillis par Camille Briquet

proches aidants

Voici notre quatrième entrevue de la série d’articles dressant le portrait d’organisations qui œuvrent à mieux accompagner les proches aidants (relire la troisième entrevue). Notre équipe a eu le plaisir d’échanger avec le regroupement des proches aidants Abitibi-Ouest, afin d’en apprendre un peu plus sur leurs activités et les différents défis qu’ils rencontrent au quotidien. Venez découvrir leur témoignage et vous plonger dans leur quotidien !

Améliorer le quotidien des proches aidants de la région d’Abitibi

Le regroupement des proches aidants d’Abitibi-Ouest a été créé en 2010 avec un but précis : accompagner les proches aidants tout au long de leur parcours en améliorant leur qualité de vie. Quel que soit le type d’incapacité de la personne aidée, l’organisme vient en aide à ses proches afin de les aider à trouver un équilibre de vie satisfaisant. Les intervenants n’ont pas peur de se déplacer, et offrent leur service dans tout le secteur d’Abitibi-Ouest : peu importe s’il faut faire de la route ! Les différentes activités de l’organisme ainsi véhiculées à travers la région permettent ainsi de briser l’isolement des proches aidants et de leur apporter le soutien dont ils ont besoin.

« Les gens sont nombreux à vivre avec la maladie, voilà pourquoi on offre des ateliers, des conférences, des interventions individuelles ou de groupe. Tout cela, c’est pour permettre aux proches aidants de bénéficier d’une assistance afin d’éviter l’épuisement. Lors des rencontres, on va parler de différents sujets, cela permet également de briser l’isolement. Souvent, les aidants restent à la maison, ça leur prend beaucoup de temps, ils ne sortent donc pas beaucoup, ils ne voient quasiment personne, donc nos interventions permettent aussi de briser l’isolement. »

Des activités adaptées pour une assistance toujours plus personnalisée

Le regroupement offre de nombreuses activités de groupe basées sur le soutien, l’entraide et le partage. Les activités traitent de différents sujets : parmi les principaux, on compte le respect de ses limites personnelles, la gestion du stress, l’anxiété au quotidien, ou encore l’évitement de l’épuisement. Les intervenants informent les proches aidants sur les ressources à leur disposition, leur donnent des pistes pour mieux communiquer avec leur aidé, et les rassurent également sur leur potentiel sentiment de culpabilité. Certains ateliers informatifs sont aussi mis en place, avec pour but de présenter une maladie particulière, ou même l’organisme en tant que tel. Des interventions plus personnelles peuvent également avoir lieu de manière physique (à domicile et au travail) comme téléphonique. Enfin, l’organisme collabore également avec un autre organisme, la Maison Saint-André, afin de proposer un service de répit accompagnement. Ainsi, un intervenant peut venir prendre le relai dans l’assistance du malade durant 3 heures par semaine, tandis que le proche aidant peut alors prendre du temps pour lui.

« Toutes nos interventions, qu’elles soient sous forme individuelle, collective, ou même sous forme d’atelier, sont ouvertes à tous. Elles sont faites pour que les proches aidants trouvent leurs limites et se sentent accompagnés dans leurs démarches. Les interventions de groupe, c’est un peu comme un groupe de soutien, c’est ouvert au dialogue, les gens sont à l’aise. On se rencontre 5 fois par année, et les interventions sont gratuites. »

Un défi de visibilité et un financement parfois limité

En tant qu’organisme communautaire, le regroupement des proches aidants d’Abitibi-Ouest a toujours été confronté à un défi majeur : la recherche de financement. À chaque nouveau projet d’atelier ou d’activité, le besoin d’argent se fait ressentir : une réalité à laquelle il peut parfois être pénible de faire face. De plus, une autre difficulté se présente lorsqu’il s’agit de rejoindre les différents proches aidants. En effet, en Abitibi, les municipalités sont éloignées les unes des autres, ce qui rend difficile le fait de se faire connaître et de se montrer accessible. Alors, l’organisme vise sur une visibilité maximisée : publication de ses activités dans le journal, sur les panneaux électroniques des villes, envoie de publicité partout où cela est possible… le regroupement envoie également les actualités sur ses activités à venir à ses 56 membres afin que ces derniers ne manquent rien des interventions futures.

« On se sert de notre équipe de membres, on fait le plus possible de publicité pour notre organisme afin d’avoir de la visibilité. En plus de cela, on essaie de participer à différents colloques et salons pour se faire connaître. On va représenter notre organisme avec nos kiosques dès qu’on en a la possibilité. On monte des kiosques d’information, on parle avec les visiteurs, on essaie de participer le plus possible aux activités du milieu médical et des proches aidants. Nous travaillons en partenariat avec le CISSSAT, le GMF et autres organismes communautaires.»

Des outils participatifs pour laisser les proches aidants s’exprimer

Afin de donner une ligne directrice à ses différents ateliers, le regroupement Abitibi-Ouest a fait l’acquisition de deux des outils développés par la Chaire de recherche en soins infirmiers : ESPA et « Devenir aidant, ça s’apprend ». Si l’acquisition d’ESPA est récente et que l’outil n’a pas encore eu le temps d’être totalement exploité, « Devenir aidant » a quant à lui fait ses preuves. Les intervenants apprécient sa forme d’atelier, adaptée aux formats d’interventions proposés par le regroupement, ainsi que la clarté des explications proposées. Il est ainsi facile pour l’organisme de monter ses ateliers autour de l’outil scientifique tout en conservant l’ambiance de chaleur et de partage qui leur est chère. L’outil ESPA (Entente sur le Soutien aux Proches Aidants), quant à lui, est en cours d’analyse pas l’équipe afin de l’intégrer du mieux possible au sein des activités.

« Dans « Devenir aidant, ça s’apprend, il y a beaucoup d’échanges et de questions à poser, donc c’est vraiment intéressant. Quand je regarde notre organisme et ce à quoi ressemblent nos interventions, je vois l’outil comme un guide, parce que nos participants parlent beaucoup. Ça partage énormément c’est très enrichissant, quand tu poses une question, tout le monde à quelque chose à dire, c’est là que les ateliers deviennent super intéressants. « Devenir aidant » nous aide à garder le fil de la rencontre. »

 

Nous remercions sincèrement le regroupement des proches aidants d’Abitibi-Ouest d’avoir accepté de répondre à nos questions et leur souhaitons bonne continuation.

Plus d’informations

Pour plus d’informations sur le regroupement Abitibi-Ouest : https://www.facebook.com/Regroupement-des-proches-aidants-dAbitibi-Ouest-1537014313265113/

 

Texte par Camille Briquet

Propos recueillis par Nicolas Pinget

Les produits déchets sourcés et leurs limites : rencontre avec Marilys Pradel

Les produits déchets sourcés et leurs limites : rencontre avec Marilys PradelMarilys Pradel est ingénieure de recherche à Irstea au sein de l’UR « Technologies des Systèmes d’Information pour les agrosystèmes », spécialiste de l’évaluation environnementale des technologies d’épandage agricole et de nouveaux produits fertilisants y compris les boues d’épuration urbaines.

Expertises

Analyse du Cycle de Vie, Bilan Carbone.

À quel besoin souhaitez-vous répondre avec votre recherche ?

Marilys Pradel : Mes recherchent portent sur l’évaluation des performances environnementales des produits déchet-sourcés, avec une application aux fertilisants phosphatés destinés à l’agriculture. Un produit déchet-sourcé est un produit qui est fabriqué en utilisant un déchet comme matière première. Ces derniers peuvent être une solution à l’épuisement des ressources naturelles en permettant de remplacer à terme les produits issus de ressources non renouvelables. Je me suis penchée lors de ma thèse sur les fertilisants phosphatés à destination de l’agriculture. La grande majorité des engrais phosphatés utilisés en agriculture sont produits à partir de roches phosphatées, et donc issus de l’extraction minière. Cette ressource est conséquemment en train de s’épuiser. Aujourd’hui, on sait qu’en 2030 aura lieu un pic de la production de phosphore. Après, forcément, il y aura un épuisement continu de la roche source. 2030 ce n’est que dans moins de 15 ans! Il nous reste donc peu de temps pour réfléchir à des solutions et trouver des productions alternatives à ces fertilisants minéraux phosphatés. L’une des solutions est d’aller chercher la ressource en phosphore dans les déchets, essentiellement les déchets issus des élevages ou des stations d’épuration. Dans mon cas, je me suis intéressée au cas des boues issus des stations d’épuration des eaux usées comme matière première pour récupérer le précieux phosphore.

En résumé, mes recherches cherchent à déterminer de manière pertinente l’impact environnemental des produits déchet-sourcés et à savoir comment améliorer la méthode d’Analyse du Cycle de Vie pour répondre à ces enjeux. Pour l’instant, les professionnels intéressés sont plutôt les traiteurs d’eau. Ils doivent en effet gérer la boue générée par le procédé comme un déchet mais ils pourraient tout aussi bien la valoriser comme un produit. Au lieu d’incinérer les boues ou de les épandre directement sur les sols agricoles, ils pourraient récupérer le phosphore et le vendre comme un fertilisant produit par la station.

Quels sont les défis dans votre champ de recherche ?

Marilys Pradel : Je vois principalement deux défis majeurs.

Le premier consiste à mieux prendre en compte le cycle de vie des produits déchet-sourcés, et notamment la manière de prendre en compte la charge environnementale liée à la production du déchet qui devient un produit. Quand on fait une Analyse du Cycle de Vie, on analyse les impacts environnementaux des produits en prenant en compte l’intégralité de leurs cycles de vie, de leur fabrication à leur fin de vie. Le recyclage permet en quelque sorte de « boucler la boucle », car il évite de puiser à nouveau dans le milieu naturel. L’ACV a également la particularité d’être multicritère : elle permet d’évaluer plusieurs impacts sur l’environnement. On peut ainsi apprécier l’impact sur le changement climatique, l’eutrophisation du milieu aquatique, la toxicité humaine, la destruction de la couche d’ozone… Il existe également un indicateur qui permet d’évaluer l’épuisement des ressources naturelles. Le défi, ici, c’est tout d’abord que dans le cycle de vie d’un produit, le déchet qui sort du système n’a pas de charge environnementale mais seulement un contenu (azote, phosphore, carbone). Vous ne prenez pas en compte les impacts du système qui l’ont produit. Or, à partir du moment où un déchet entre dans une chaine de valeur et crée indirectement de la valeur par sa transformation en un produit à valeur ajoutée, la notion de « zéro charge environnementale » n’est plus valide. Il va falloir prendre en compte les impacts environnementaux qui sont liés à sa fabrication, c’est-à-dire allouer les impacts du système qui a produit le déchet entre ce dernier et les autres produits qu’il génère au moyen d’un facteur d’allocation. Ce questionnement méthodologique a été au cœur de ma thèse de doctorat. Le concept est novateur et n’a jamais été pensé pour les produits issus du traitement des eaux usées. Le premier défi, c’est donc de continuer sur cette lancée. J’ai travaillé sur les boues d’épuration des eaux usées, mais la méthode que j’ai développée peut très bien s’appliquer sur des effluents d’élevage ou d’autres procédés de séparation.

Le second défi est l’amélioration des méthodes de caractérisation en ACV vis-à-vis de l’épuisement des ressources naturelles. On regarde notamment ici comment les réserves d’éléments renouvelables issus des activités anthropiques peuvent contribuer à la réduction de la criticité des ressources. Les méthodes de caractérisation sont des méthodes permettant de transformer les flux d’inventaire (par exemple, la quantité de phosphore qui sort de notre système) en impact environnemental. Or, on s’est rendu compte que le phosphore n’était pris en compte que dans trois méthodes de caractérisation et n’était pas forcément bien évalué en termes d’épuisement des ressources. Il y a donc tout un volet de recherches visant à améliorer ces méthodes de caractérisation pour mieux prendre en compte tous les éléments renouvelables issus de l’anthroposphère. Pour l’instant, ces méthodes de caractérisation n’évaluent que ce qui est issu du milieu naturel, et c’est là notre second défi principal.

Comment vous êtes-vous intéressée à ce sujet ?

Marilys Pradel : J’ai toujours été intéressée par les questions environnementales. Mon intérêt pour l’évaluation environnementale des produits déchet-sourcés s’est développé lorsque j’ai été sollicité par le ministère de l’écologie français et l’ONEMA (Office National de l’Eau et des Milieux Aquatiques) pour réaliser le bilan environnemental (Gaz à effet de serre) des filières de traitement et de valorisation des boues d’épuration urbaines. Ces travaux m’ont conduit à m’intéresser à l’évaluation des fertilisants boue-sourcés (tel que la struvite par exemple) et donc plus largement aux produits déchet-sourcés. Avant je travaillais plus sur la partie qui touchait à l’épandage et à la valorisation et avec le temps, on a commencé à s’intéresser à la filière entière.

Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Marilys Pradel : Tout d’abord, je lui dirais qu’il a fait le bon choix, parce que quelqu’un qui voudrait travailler dans ce domaine-là aurait un champ d’investigation relativement important : c’est un sujet d’avenir ! On sait tous qu’à terme, les réserves de ressources naturelles vont s’épuiser, et que le gros défi va être de mettre en place un procédé de récupération de ces ressources qui soit respectueux de l’environnement. Pour l’instant quand on réalise l’ACV d’un fertilisant conventionnel et d’un fertilisant issu des boues d’épuration, on se rend compte que ce n’est pas du tout rentable d’un point de vue environnemental. La quantité de réactifs et d’énergie qu’il faut pour pouvoir extraire cette ressource est plus importante que celle nécessaire pour l’extraire d’une roche phosphatée. Tout l’enjeu va être de trouver des procédés de récupération qui puissent maximiser la récupération du phosphore, tout en minimisant l’impact sur l’environnement. C’est le grand défi de la récupération d’éléments recyclables issus des déchets pour compenser l’épuisement des ressources naturelles. C’est un enjeu compliqué, ce qui le rend d’autant plus intéressant.

Marilys Pradel chez eValorix

Texte par Camille Briquet.
Propos recueillis par Camille Briquet.

Luc Bres et la responsabilité sociale des entreprises : devenir acteur d’une société marchandisée

Luc Bres et la responsabilité sociale des entreprises : devenir acteur d’une société marchandisée

Luc Bres a été étudiant (Ph.D) à HEC Montréal. Sa thèse de doctorat a été nominée pour la meilleure thèse de l’année en 2013. Après un postdoctorat à la Cass Business Shool à Londres, il est maintenant professeur adjoint au département de management à la faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval où il codirige le Laboratoire interdisciplinaire de la responsabilité sociale des entreprises (LIRSE). Luc est spécialisé sur les problématiques de responsabilité sociale des entreprises, le développement durable et les différents outils de management.

Expertises

Développement durable, responsabilité sociale, outils de gestion, régulation.

À quel besoin souhaitez-vous répondre avec votre recherche ?

Luc Brès : En résumé, je m’intéresse à la manière dont on peut se réapproprier les marchés et les entreprises pour leur donner à nouveau une vocation sociale et responsable. De nos jours, on entend souvent que l’on vit dans des sociétés extrêmement marchandisées. Il est vrai qu’aujourd’hui, le marché s’étend à tout : de l’éducation au corps, en passant par la culture, tous les domaines sont représentés ! Une fois ce constat réalisé, chacun est libre de choisir sa façon de réagir. Certains sont désespérés et diabolisent le marché, l’assimilant à une mécanique implacable, impossible à maitriser, et menaçante pour toute forme de culture alternative. D’autres choisissent au contraire de lutter à l’extérieur du marché à travers une activité militante et politique. Cette dynamique peut être très intéressante, mais une troisième voie possible est de chercher comment rentrer soi-même dans une logique économique. Grâce à cela, il est possible de transformer l’économie et les entreprises directement de l’intérieur, en tant qu’acteur économique. On peut noter par exemple le cas du chef d’entreprise qui va développer un modèle d’affaire responsable, tout comme celui du consommateur qui va acheter de manière raisonnée. Les investisseurs peuvent également agir de manière engagée en s’intéressant à tout ce que l’on appelle « l’investissement socialement responsable ». Mon rôle, c’est de m’intéresser à tout cela : à la manière dont on peut se réapproprier les marchés et les entreprises à travers nos actions comme acteurs économiques.

Quels sont les défis dans votre champ de recherche ?

Luc Bres : Il y a trois défis assez importants dans le domaine de la moralisation de l’entreprise et des acteurs économiques.

Le premier, c’est que lorsque l’on travaille sur la place publique ou en entreprise, on est souvent face à une vision polarisée des marchés. On est un peu entre le marteau et l’enclume. Notre vision du marché n’est pas naïve, on ne pense pas que le marché va résoudre tous les problèmes sociétaux, même s’il ne faut pas être caricatural, c’est parfois ce que l’on voit dans certains milieux d’affaires. On n’a pas non plus une vision diabolique du marché, ce comme on peut parfois le voir dans les milieux plus militants. Bien sûr, il y a plein d’ONG avec des visions très diverses : Greenpeace, par exemple, travaille avec les grandes entreprises, de même qu’il y a des entreprises et des dirigeants qui proposent des démarches très responsables et innovant socialement. Pour autant, on est toujours un peu en tension entre les différents points de vue. Ça, c’est notre premier défi dans la manière dont on aborde nos partenaires et dont on présente les résultats de recherche.

Il y a un deuxième défi qui est plutôt situé au niveau de la mise en œuvre. On utilise beaucoup la sociologie économique pour essayer de démystifier les marchés et l’entreprise. C’est une approche qui commence à être assez reconnue dans le monde universitaire. La question qui se pose souvent est « Comment faire pour tirer des enseignements concrets pour les acteurs économiques ? ». C’est répondre à cette interrogation que j’ai co créé et que je codirige avec des collègues le LIRSE (Laboratoire Interdisciplinaire sur la Responsabilité Sociale des Entreprises) qui est un laboratoire donc avec une vocation plus opérationnelle. On tente de développer des outils concrets, de réfléchir à des modèles d’affaires plus responsables, de produire un contenu spécialisé à destination des praticiens. Dans ce cadre-ci, on fait face à des enjeux de financement. Il n’est pas évident d’être capable de communiquer sur ce que l’on a à offrir, cela fait partie des enjeux de l’opérationnalisation. Je pense que dans le domaine, la recherche fondamentale est déjà bien avancée et reconnue. Pour la recherche opérationnelle, c’est plus compliqué.

La dernière chose, c’est qu’avec mes collaborateurs, nous sommes très conscients. On réfléchit énormément aux conséquences de nos travaux, et comme je le disais au début, l’entreprise et le marché ne sont pas vus de la même manière par tout le monde. On est parfois étonnés de comment les résultats de certaines recherches sont interprétés. Par exemple, il y a peu de temps, on a travaillé sur les consultants : certaines personnes vont croire que l’on fait l’apologie du marché et d’autres penseront l’inverse. Étant donné que l’on touche à un domaine assez chargé politiquement et animé par un débat permanent, il est vrai que nos résultats de recherche peuvent être parfois un peu détournés de ce que nous-mêmes percevons dans ses résultats. Cela rejoint l’enjeu de l’opérationnalisation : il y a un enjeu de bien présenter les résultats pour que ces derniers soient les plus fidèles possible par rapport à ce que l’on pense qu’ils mettent en valeur. Il est important que les néophytes comprennent le fond de notre recherche.

Comment vous êtes-vous intéressé à ce sujet ?

Luc Bres : J’ai fait mon mémoire de recherche sur la sociologie de Michel Freitag. C’est un sociologue québécois extrêmement critique sur l’époque actuelle, que lui et d’autres sociologues appellent la postmodernité. L’objet de mon mémoire était justement l’impossibilité ou l’extrême difficulté de réguler et de contrôler les organisations (souvent des entreprises et des multinationales). C’est un constat un peu pessimiste qui m’a poussé à me demander si tout était véridique. Je l’ai alors étudié dans ma thèse à travers la construction d’ISO 26000, qui est la norme internationale ISO sur la responsabilité sociale des entreprises. Pour moi, ce qui a été l’élément déclencheur, ce qui m’a fait aller vers ce type de recherche, c’est l’étude des régulations. J’ai compris lors de ma thèse que ce que l’on appelle « régulations » peut être différentes choses. Il y a tout d’abord la loi dure : par exemple, si vous conduisez trop vite, vous vous ferez prendre par la police et vous aurez une amende. C’est souvent le premier type de régulation qui vient à l’esprit. Contrairement à ce que l’on croit, cela peut aussi être des choses beaucoup plus subtiles. Cela va d’une norme d’application volontaire, comme c’est donc le cas d’ISO 26000, ou, comme cité précédemment, des modèles d’affaires responsables. Ainsi, une entreprise responsable qui a beaucoup de succès commercial peut inspirer d’autres acteurs et voir même tout un secteur de l’industrie. C’était un peu le cas de Uber ou de AirBnb qui ont transformé leurs secteurs d’industrie. Maintenant, leurs pratiques sont franchement critiquables sur le plan de la responsabilité, mais au départ, il y avait un projet intéressant dans l’idée de partager les biens plutôt que d’en produire ou en consommer d’autres.

Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Luc Bres : Il y a plusieurs choses que je dirais. Premièrement, je pense que quand on travaille sur la réappropriation des marchés ou sur la responsabilité des entreprises, il faut de l’intégrité. On est toujours face à cette tension, entre ce que peuvent réellement apporter les entreprises, leurs limites, leurs déviances… Par contre, je pense que ce qui est fascinant, c’est que si on cherche à transformer la société et à la rendre meilleure en agissant au sein de l’entreprise et des marchés, on est vraiment au centre du combat social actuel. C’est le lieu de la lutte sociale par excellence en ce moment, parce que l’on est dans une société très marchandisée. De par cela, le meilleur et le pire sont possibles, mais pour moi c’est un domaine stratégique.

Luc Bres chez eValorix

Texte par Camille Briquet.
Propos recueillis par Camille Briquet.