Nouvelle collection de livres sur le vieillissement de l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM)

L’équipe d’eValorix était présente au lancement officiel du livre « Vieillir en santé : c’est possible! » le 25 avril dernier au Salon Thalia à Montréal. Nous revenons aujourd’hui sur ce lancement qui a également permis de souligner la mise sur pied des Éditions du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, une nouvelle maison d’édition dédiée à la diffusion des connaissances des centres de recherche et d’expertise du CIUSSS.

Une nouvelle maison d’édition afin de diffuser les meilleures pratiques en termes de soins et de services et de promotion de la santé

Le mandat de la maison d’édition du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal est de diffuser, via des productions imprimées ou numériques, des informations basées sur des données probantes dans le domaine de la santé qui participent à :

  • Diffuser les résultats universitaires au grand public;
  • Contribuer à la promotion de la santé des clientèles vulnérables;
  • Partager les pratiques de pointe avec les professionnels de la santé;
  • Soutenir l’enseignement universitaire.

Afin de proposer des ouvrages de qualité, les Éditions du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal peuvent compter sur les conseils d’une autre maison d’édition partenaire d’eValorix, les Éditions du CHU Sainte-Justine.

Une collection Institut universitaire en gériatrie de Montréal (IUGM) sur le vieillissement

Fort du dynamisme de ses équipes de recherche et des expertises diversifiées au sein du CIUSSS, la maison d’édition vise à développer plusieurs collections allant du vieillissement au spectre de l’autisme en passant par les dépendances, les jeunes en difficultés, la réadaptation en déficience physique et les inégalités sociales (voir le site de la maison d’édition).

Les trois premiers livres des Éditions font partie de la Collection Institut universitaire en gériatrie de Montréal (IUGM), une initiative du Centre AvantÂge. La collection vise à contribuer à l’amélioration de la santé globale des 65 ans et plus et à leur autonomisation. Voici un petit aperçu des trois premiers ouvrages en attendant les prochains.

Livres« Vieillir en santé : c’est possible! »« Yoga pour soi : soulager la douleur chronique »« L’incontinence urinaire : la prévenir, la traiter »
RésuméCe livre propose des actions à prendre dès maintenant pour maintenir ou améliorer votre santé, loin des recettes toutes faites ou des produits miracles.Ce livre et ce DVD inspirants proposent différents exercices de yoga sur chaise à insérer dans des routines quotidiennes afin de soulager la douleur chronique.Clair, précis, sans jugement ni tabou, ce guide est une source d’information et de techniques aidantes. Décrivant les différents types d’incontinence, les facteurs et les causes qui y sont reliés, il présente également une série d’exercices à faire à domicile durant 12 semaines.
AuteursSylvie Belleville et Michèle SiroisAnnie CourtecuisseChantale Dumoulin

Retrouvez tous les livres et autres outils de l’IUGM pour le grand public et pour les professionnels de la santé.

Louis Jacques Filion sur l’entrepreneuriat

Louis Jacques Filion sur l’entrepreneuriatLouis Jacques Filion est professeur honoraire au Département d’entrepreneuriat et innovation à HEC Montréal. Il a été pendant plus de 20 ans titulaire de la Chaire d’entrepreneuriat Roger-J.-A.-Bombardier à cette institution

Expertises

Entrepreneuriat, intrapreneuriat, création d’entreprise & innovation.

À quel besoin souhaitez-vous répondre avec vos recherches?

Louis Jacques Filion : Actuellement, de nombreuses entreprises québécoises font partie du 6% des entreprises des pays de l’OCDE connaissant une croissance. Face à cette progression et à l’implantation du programme sur les gazelles par le gouvernement du Québec, plusieurs questionnements sur le développement et la gestion de la croissance dans les organisations ont été suscités. La hausse du nombre de pays dotés de programmes axés sur la croissance organisationnelle m’a permis de constater les lacunes sur le sujet dans le contenu des cours d’entrepreneuriat. À cet effet, j’ai rédigé des ouvrages comprenant des études de cas et des textes conceptuels afin de mieux former les étudiants à la croissance en entreprise. Mentionnons, entre autres : Croissance et soutiens à la croissance d’entreprise (2015), La croissance d’entreprise : vision, agilité et doigté (2015), Entreprendre et savoir s’entourer (2017).

Par ailleurs, l’innovation occupe de nos jours une place importante au niveau des intérêts des étudiants et des organisations. J’ai donc développé une série de livres sur l’intrapreneuriat, soit la conception ainsi que la mise en œuvre en interne de l’innovation. Mentionnons : Oser intraprendre : ces champions qui font progresser les organisations et les sociétés : douze modèles exemplaires (2012) ainsi qu’Innover au féminin/savoir se dépasser (2013), qui présente de nombreuses femmes fortement impliquées dans le processus d’innovation. Ce livre comprend une série de cas et des textes détaillant les manières d’initier et de gérer l’innovation dans les organisations.  Celui sur Intrapreneuriat : s’initier aux pratiques innovantes (2016) réalisé encore une fois en collaboration avec plusieurs coauteurs dont Mircea-Gabriel Chirita, présente des études de cas mais aussi une synthèse des recherches sur le sujet.

Mon approche est axée sur la pratique et l’essentiel de mes recherches s’effectue sur le terrain, par des entretiens avec des entrepreneurs et des intrapreneurs. Le but de mes recherches consiste à structurer de nouveaux cours. Mes livres, composés d’études de cas, servent à initier les étudiants à l’innovation et à l’entrepreneuriat, car selon moi, rien n’est plus puissant à l’apprentissage que l’utilisation d’exemples. Ces études de cas sont construites en tenant compte de l’état des connaissances sur les sujets concernés.

Mon prochain livre qui sera lancé en septembre 2017 aborde la relation entre les créateurs et les entrepreneurs dans le processus d’innovation dans les industries culturelles et créatives: Artistes, créateurs et entrepreneurs (2017).

Quels sont les défis dans votre champ de recherche?

Louis Jacques Filion : De nos jours, l’intérêt grandissant pour l’innovation et l’entrepreneuriat mène à une progression rapide du nombre d’outils disponibles sur le sujet. Le défi est d’intégrer les résultats de recherches dans les programmes scolaires. Les milieux de travail évoluent de plus en plus rapidement, en particulier les milieux péemmistes, et il importe que l’enseignement suive la cadence.

Comment vous êtes-vous intéressé à ce sujet ?

Louis Jacques Filion : Ayant grandi dans une famille possédant plusieurs PME, j’ai toujours désiré devenir entrepreneur et travailler dans le monde des affaires. À l’époque, aucun programme d’entrepreneuriat n’existait, mais au début des années 1980, j’ai participé à l’introduction du premier programme en entrepreneuriat au Québec et au Canada à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). J’œuvre dans le domaine depuis maintenant près de 40 ans. J’ai à mon actif de nombreux livres et j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec une multitude d’entrepreneurs chevronnés tels que Paul Fireman qui a fait de Reebok une multinationale, Jean Coutu, Rémi Marcoux  (Transcontinental), Alain Bouchard (Alimentation Couche-Tard), Luc Maurice, Lise Watier et de nombreux autres. J’ai réalisé plus de 1 000 entrevues avec des entrepreneurs répartis sur les cinq continents et produit plus de 200 études de cas.

Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Louis Jacques Filion : En entrepreneuriat, on doit réfléchir à ce que l’on veut devenir et à ce qu’on compte faire pour pouvoir s’y rendre graduellement. Il faut y aller petit à petit.

L’enseignement traditionnel reflète souvent une certaine culture de conformité. En entrepreneuriat, il faut promouvoir l’initiative. L’entrepreneur est une personne qui passe beaucoup de temps à définir ex nihilo. Pour l’étudiant, il ne s’agit pas que d’assimiler des savoirs. Il importe d’apprendre à réfléchir sur des savoirs être, des savoirs devenir, des savoirs définir, des savoirs passer à l’action et des savoirs faire.

L’entrepreneuriat peut s’enseigner de nombreuses façons. Je privilégie un mélange d’approches pédagogiques qui comprend des études de cas, des travaux réflexifs et des exercices interactifs. L’interaction entre l’enseignant et l’étudiant est essentielle, car elle permet de sortir l’étudiant de la passivité dans le processus apprenant.  Le médium est le message a écrit Marshall McLuhan.  Lors de l’apprentissage de l’entreprenariat, les exemples ainsi que les modèles d’entrepreneurs sont inspirants. Bon nombre de cours d’entrepreneuriat à HEC Montréal misent sur le contact en classe entre l’étudiant et l’entrepreneur. L’entrepreneuriat est à la fois un phénomène individuel et collectif, d’où l’importance du mentorat. En effet, 80% des entreprises nord-américaines sont fondées par des équipes. Les entrepreneurs se distinguent par leur créativité et leur capacité à bien s’utiliser ainsi qu’à bien utiliser des ressources présentes dans leur écosystème. Le mentor joue un rôle crucial, car son expérience permet de baliser cette créativité.

L’entrepreneuriat, c’est la prise de conscience de soi suivie de l’échange avec les autres.  Au cours de cet apprentissage, il faut viser la mise en valeur de ses propres différences et apprendre à savoir les exprimer.

Louis Jacques Filion chez eValorix

Texte par Fanny Vadnais
Propos recueillis par Félix Vaillancourt

Louise Lévesque et les soins à la personne âgée et à la famille

louise levesquesLouise Lévesque est chercheure au Centre de recherche de l’Institut Universitaire de Gériatrie de Montréal. Elle est également professeure émérite à la faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal. Elle fut la première titulaire de la Chaire de recherche en soins infirmiers à la personne âgée et à la famille, maintenant la Chaire Desjardins.

Expertise

Pratiques professionnelles d’intégration des services en gérontologie.

À quel besoin souhaitez-vous répondre avec vos recherches?

Louise Lévesque : J’ai commencé à travailler en soins infirmiers dans les années 1980, plus spécifiquement en gériatrie et en gérontologie. Au Québec, l’on prévoyait déjà le vieillissement de la population, mais les recherches étaient très peu avancées sur le sujet.

Mes premières recherches ont porté sur l’implantation d’un modèle pour améliorer les soins infirmiers en milieu institutionnel (en CHSLD). Il fallait  évaluer ce modèle, mais nous n’avions, à l’époque, que très peu d’outils correspondant à notre culture. J’ai donc développé trois instruments de mesure permettant d’évaluer les effets de l’implantation de ce modèle. Mes outils étaient développés autour de l’évaluation de l’autonomie dans les activités quotidiennes, de l’échelle de morale et du fonctionnement social des résidents en milieu institutionnel. C’est un modèle holistique, qui prend surtout en considération les besoins psychologiques des patients en milieu institutionnel. Bien que la situation se soit améliorée, les CHSLD étaient des milieux assez difficiles au milieu des années 1980. En plus des maladies chroniques, énormément de facteurs avaient et ont toujours un impact important sur le plan psychologique et émotionnel. Les malades en CHSLD souffrent de maladies chroniques et leur condition est à toute fin contrôlée. Dans un milieu institutionnel, les infirmiers ont un rôle de soutien auprès des patients, mais ont également un rôle clé de soutien auprès des familles et des proches aidants. Le côté psychologique a une place prépondérante dans la prestation de soins de santé en CHSLD.

Ensuite, j’ai dirigé mes travaux de recherche vers le soutien offert aux proches aidants. Nous avons analysé leur état de santé et les facteurs faisant en sorte qu’ils deviennent vulnérables. Nous avons ensuite étudié les facteurs sur lesquels les infirmiers peuvent intervenir. Ces aidants ont besoin de soutien psychologique et de mise à niveau en matière de compétences. J’ai donc par la suite développé un programme de groupe de 15 semaines « Apprendre à être mieux… et à mieux aider » qui s’adresse aux proches aidants de personnes atteintes d’Alzheimer. C’était une étude d’envergure, réalisée par de nombreux chercheurs de plusieurs universités québécoises. Les résultats étaient assez intéressants et ils ont par la suite fait l’objet de publications.

À ma retraite, j’ai travaillé avec Francine Ducharme sur ses différents programmes et j’ai ensuite mis sur pied la chaire de recherche en soins infirmiers aujourd’hui appelée la chaire Desjardins.

Quels sont les défis dans votre champ de recherche?

Louise Lévesque : Trouver les sujets de recherches, constituer un échantillonnage et financer les projets peuvent être assez complexe, mais le réel défi est d’incorporer les résultats de recherches dans les milieux. Le but de ces recherches est de faire en sorte que les pratiques infirmières s’appuient sur des données probantes  afin d’améliorer les soins offerts. Il est primordial de trouver des moyens pour amener les milieux à prendre part aux programmes. Tous nos outils sont d’ailleurs mis à la disposition des CHSLD, mais on observe tout de même que le soutien aux familles aidantes se fait rare. Il y a encore beaucoup de progrès à faire.

Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Louise Lévesque : Je pense qu’il faudrait favoriser la recherche sur les soins de santé en eux-mêmes. Il y a un réel besoin en développement de connaissances, surtout au sujet des soins à offrir aux résidents ayant des problèmes de santé complexes, comme des problèmes de comportement. Je pense notamment aux cris et à l’errance chez les personnes Alzheimer.

Louise Lévesque chez eValorix

Texte par Fanny Vadnais
Propos recueillis par Félix Vaillancourt

Serge Poisson-de Haro et les enjeux stratégiques des organisations artistiques

serge poisson de haro

Serge Poisson-de Haro est professeur agrégé au département du management à HEC Montréal. 

Expertises

Stratégie, capacités dynamiques, gestion des arts, organisation et environnement naturel, gestion des organisations artistiques.

À quel besoin souhaitez-vous répondre avec vos recherches?

Serge Poisson-de Haro : Premièrement, ce qui m’intéresse ce sont les enjeux de gestion et les enjeux stratégiques des organisations artistiques. Je suis professeur de stratégie et j’étudie depuis plusieurs années les organisations artistiques montréalaises, telles que le Musée des beaux-arts de Montréal, le Musée d’Art Contemporain, l’Opéra de Montréal, l’Orchestre Symphonique de Montréal, l’Orchestre Métropolitain, le Festival Montréal en lumière et les cirques tels le Cirque Éloize, le Festival Montréal Complètement Cirque, etc. En tant que professeur de stratégie, j’analyse leurs divers enjeux et je tente d’appliquer des modèles d’analyse stratégique classique pour conduire des analyses de leurs contextes, interne comme externe. La théorie des ressources en est un. À l’interne, j’analyse les ressources et les compétences dont dispose la compagnie pour évaluer celles qui permettraient de développer un avantage concurrentiel. Également, le concept de modèle d’affaire, une littérature stratégique émergente depuis plusieurs années, permet de définir sa proposition de valeur et comment s’organiser à l’interne pour livrer le service au client cible. Le tout requiert de bien comprendre le positionnement stratégique d’une organisation au sein de son environnement externe, tant concurrentiel qu’au sens plus large. Ce sont tous ces éléments que je tente de prendre en considération dans une analyse stratégique.

Deuxièmement, j’aime beaucoup la pédagogie et les méthodes expérientielles pour enseigner la gestion stratégique. Je favorise méthode des cas ou encore l’utilisation de simulation informatique répliquant les dynamiques concurrentielles au sein d’un secteur donné. 90% de mon enseignement est expérientiel. Je fais très peu de cours magistraux, car je préfère lorsque l’étudiant est acteur de la situation et des analyses à faire pour trouver les solutions aux enjeux de gestion. Une partie de ma recherche est d’ailleurs dédiée à la pédagogie.

C’est par le biais de la pédagogie que je me suis penché sur l’analyse stratégique des organisations culturelles. Cela correspondait à ma volonté de comprendre les spécificités du tissu culturel à Montréal à mon arrivée dans la métropole. C’est la rédaction de cas sur des organisations locales de renom qui m’a mené à lancer le projet de recherche : « Les Enjeux de gestion au XXIème siècle ». Cette recherche m’a permis, par exemple, de largement analyser les enjeux de gestion vécus par le Musée des beaux-arts de Montréal. J’ai relevé comment, par un meilleur ancrage local, le musée a pu rayonner à l’international. De par ses stratégies, ses choix de mieux s’ancrer localement, de s’appuyer sur des compétences locales et de créer des expositions temporaires qui ensuite voyagent à travers le monde, le MBAM est devenu le premier musée au Canada, avec plus d’un million de visiteurs par année. Une exposition comme celle de Jean-Paul Gauthier, entièrement créé au Québec avec des compétences locales, fait actuellement le tour du monde et favorise le rayonnement international du musée. C’est important localement pour encourager la communauté montréalaise de soutenir son musée pour assurer son succès ici et ailleurs.

Finalement, on peut dire que le nerf de la guerre, comme pour toute organisation, c’est d’assurer l’équilibre financier tout en étant fidèle à sa mission. Les enjeux des organisations artistiques se situent grandement au niveau du financement. On parle généralement d’organisation sans but lucratif. Ces organisations sont davantage financées par des fonds publics (trois paliers de gouvernement), des donateurs privés, des commandites mais aussi par la capacité de l’organisation à générer des revenus autonomes comme les recettes de billetterie. L’équilibre financier est certainement un des enjeux majeurs des organisations artistiques et celui-ci passe par la fidélisation et le renouvellement du public. L’objectif est de renouveler l’offre et ainsi attirer une nouvelle clientèle, tout en restant fidèle à la ligne directrice artistique. L’optimisation organisationnelle de chaque dollar dépensé est centrale. L’objectif est d’être en mesure de faire plus avec moins. Dans les organisations artistiques, on est loin de la quête de profit, on aspire avant tout à faire vivre la mission artistique. Par ailleurs, il est important de changer la perception commune du grand public, à savoir que la culture se doit d’être gratuite. Cette perception est grandement alimentée par les nombreux festivals culturels gratuits, mais cette même perception distancie le grand public des enjeux de financements vécus par les organisations artistiques.

Quels sont les défis dans votre champ de recherche?

Serge Poisson-de Haro : Le défi est d’innover et d’être ancré dans les défis quotidiens de ces organisations. Comment les outils développés dans le milieu des affaires peuvent-ils être pertinents au secteur des arts, comment adapter l’existant? L’enjeu est aussi de trouver quelque chose de nouveau en termes de gestion, qui serait issu de la complexité du secteur des arts. On pourrait exporter certaines pratiques vers le monde de l’entreprise, pour que celui-ci puisse apprendre du secteur des arts. Le défi est de faire une sorte de boucle entre les deux. Comme l’équation financière des organisations artistiques est particulière, elle implique une gestion plus complexe avec les parties prenantes. Ces organisations doivent aller chercher des dons, des subventions gouvernementales et gérer les attentes d’un plus grand nombre de parties prenantes, comparativement à la plupart des entreprises qui se soucient prioritairement des attentes des clients et des actionnaires. Les entreprises peuvent apprendre à mieux s’intégrer dans leurs communautés en observant ce que font les organisations artistiques. La polyvalence, la capacité à faire plus avec moins et cette gestion complexe des parties prenantes sont les connaissances clés en gestion des organisations artistiques. Et elles sont valides pour des organisations autres qu’artistiques.

Je me dis souvent que ce qui différencie probablement le secteur des arts du monde de l’entreprise, c’est qu’il donne avant tout des émotions. Beaucoup d’entreprises ont du mal à trouver le sens de l’émotion spontanée. Je crois que les rêves véhiculés par l’art sont ce qui nous rend humains. Ce sont ces souvenirs qui nous restent et nous rendent heureux, beaucoup plus que nos possessions matérielles qui se périment par obsolescence programmée. Je crois qu’il est important que ces organisations qui donnent des émotions restent pérennes, car elles créent des instants de vie dont on se souvient longtemps. Elles permettent même parfois de transcender le quotidien.

Comment vous êtes-vous intéressé à ce sujet?

Serge Poisson-de Haro : L’intégration du développement durable comme source d’avantage concurrentiel pour les compagnies fut ma thèse universitaire. C’est un peu une thèse pour « sauver le monde ou rendre le monde meilleur » en voulant encourager les entreprises à contribuer au système économique tout en ayant un impact social et environnemental positif. C’est ce côté un peu idéaliste que j’ai, mais aussi par intérêt personnel que je me suis tourné vers le milieu artistique. Un monde sans artistes serait triste, mais ceux-ci ont généralement besoin de renforcer leurs compétences de gestion. C’est cet aspect qui a en quelque sorte démarré mon intérêt pour les organisations artistiques. Étant un Canadien adoptif (d’origine française), cette passion pour les arts, mon penchant pour la stratégie en général et pour les stratégies des organisations artistiques en particulier m’ont, en quelque sorte, permis d’apprendre et de mieux m’intégrer à l’écosystème montréalais, notamment culturel.

Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Serge Poisson-de Haro : Il est important d’écouter les praticiens et de comprendre leurs difficultés quotidiennes. Il faut se mettre au service de leurs problèmes très concrets avec une rationalité et une rigueur académique, pour tenter de trouver une interprétation possible à ce qui se passe et éventuellement trouver des solutions. Il faut démarrer sur le terrain, connaitre les théories et qu’elles soient au service de l’explication du sujet observé. C’est grâce au lien entre ces théories académiques et les situations concrètes qu’émergent souvent des solutions durables. Il est important de rester collé à la réalité tout en prenant du recul pour l’analyse. C’est en faisant des ponts entre l’observation et la théorie qu’on peut créer de nouvelles théories et de nouvelles solutions.

Serge Poisson-de Haro chez eValorix

Texte par Fanny Vadnais.
Propos recueillis par Félix Vaillancourt.