Nouvelle collection de livres sur le vieillissement de l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM)

L’équipe d’eValorix était présente au lancement officiel du livre « Vieillir en santé : c’est possible! » le 25 avril dernier au Salon Thalia à Montréal. Nous revenons aujourd’hui sur ce lancement qui a également permis de souligner la mise sur pied des Éditions du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, une nouvelle maison d’édition dédiée à la diffusion des connaissances des centres de recherche et d’expertise du CIUSSS.

Une nouvelle maison d’édition afin de diffuser les meilleures pratiques en termes de soins et de services et de promotion de la santé

Le mandat de la maison d’édition du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal est de diffuser, via des productions imprimées ou numériques, des informations basées sur des données probantes dans le domaine de la santé qui participent à :

  • Diffuser les résultats universitaires au grand public;
  • Contribuer à la promotion de la santé des clientèles vulnérables;
  • Partager les pratiques de pointe avec les professionnels de la santé;
  • Soutenir l’enseignement universitaire.

Afin de proposer des ouvrages de qualité, les Éditions du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal peuvent compter sur les conseils d’une autre maison d’édition partenaire d’eValorix, les Éditions du CHU Sainte-Justine.

Une collection Institut universitaire en gériatrie de Montréal (IUGM) sur le vieillissement

Fort du dynamisme de ses équipes de recherche et des expertises diversifiées au sein du CIUSSS, la maison d’édition vise à développer plusieurs collections allant du vieillissement au spectre de l’autisme en passant par les dépendances, les jeunes en difficultés, la réadaptation en déficience physique et les inégalités sociales (voir le site de la maison d’édition).

Les trois premiers livres des Éditions font partie de la Collection Institut universitaire en gériatrie de Montréal (IUGM), une initiative du Centre AvantÂge. La collection vise à contribuer à l’amélioration de la santé globale des 65 ans et plus et à leur autonomisation. Voici un petit aperçu des trois premiers ouvrages en attendant les prochains.

Livres« Vieillir en santé : c’est possible! »« Yoga pour soi : soulager la douleur chronique »« L’incontinence urinaire : la prévenir, la traiter »
RésuméCe livre propose des actions à prendre dès maintenant pour maintenir ou améliorer votre santé, loin des recettes toutes faites ou des produits miracles.Ce livre et ce DVD inspirants proposent différents exercices de yoga sur chaise à insérer dans des routines quotidiennes afin de soulager la douleur chronique.Clair, précis, sans jugement ni tabou, ce guide est une source d’information et de techniques aidantes. Décrivant les différents types d’incontinence, les facteurs et les causes qui y sont reliés, il présente également une série d’exercices à faire à domicile durant 12 semaines.
AuteursSylvie Belleville et Michèle SiroisAnnie CourtecuisseChantale Dumoulin

Retrouvez tous les livres et autres outils de l’IUGM pour le grand public et pour les professionnels de la santé.

Yves Joanette : le langage et l'évaluation des habiletés de communication

yves joanette

Yves Joanette est professeur titulaire à la faculté de médecine de l’Université de Montréal et chercheur au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal. Il est également directeur scientifique de l’Institut du vieillissement des Instituts de recherche en santé du Canada.

Expertises

Vieillissement, communication, neurosciences cognitives, démences et lésions cérébrales, dont les impacts des lésions à l’hémisphère droit sur les habiletés de communication (traitement sémantique des mots, discours et pragmatique) et ses implications cliniques (évaluation et prise en charge).

À quel besoin souhaitez-vous répondre avec votre recherche?

Yves Joanette : L’intérêt de mon groupe de recherche et le mien est la manière dont les capacités à communiquer sont inscrites dans le cerveau. Ce qui m’a toujours fasciné est comment le cerveau et ses capacités évoluent avec l’âge tout en maintenant ces habiletés de communication de manière optimale. Je m’intéresse aussi à l’effet des lésions cérébrales sur le cerveau, en me focalisant sur des dimensions de la communication ou du langage, un domaine qui a été l’une des premières fenêtres sur la compréhension du fonctionnement du cerveau.

On s’intéressait déjà aux impacts des lésions cérébrales à la fin du 19e siècle sur le langage. Avec mon équipe, nous nous sommes intéressés aux impacts de telles lésions sur des aspects de la communication qui n’avaient pas été pris en compte à ce moment. Quand on pense à la communication, on peut penser aux mots, à l’articulation… mais la communication c’est surtout faire passer un message ou une intention de communication adaptée à l’interlocuteur et au contexte. Bien communiquer, c’est aussi bien organiser sa pensée et son discours. Tous ces aspects de la communication n’avaient pas été pris en compte dans le passé et c’est ce sur quoi se penche mon équipe.

Suite aux nombreux travaux de recherche que nous avons effectués, il nous est rapidement paru important de voir comment on pouvait transformer les connaissances en outils cliniques afin d’aider ceux qui subissent les contrecoups des lésions cérébrales. Pour ce faire, il a fallu impliquer les collègues qui sont aux premières loges: les cliniciens et les cliniciennes. Notre manière de travailler ensemble n’était pas de simplement offrir ce que l’équipe de recherche pensait être le meilleur. Notre collaboration avec eux a été profondément bidirectionnelle. Nous avons ainsi répondu à leurs besoins exprimés, et nous les avons invités à s’impliquer dans le travail de création de ces outils, tout en offrant la rétroaction à notre équipe suite aux premières utilisations de l’outil clinique; un beau travail de communication!

Quels sont les défis dans votre champ de recherche?

Yves Joanette : L’interdisciplinarité est une opportunité et un défi. L’apport des autres disciplines et spécialistes permet d’aborder la question qui nous intéresse. L’étude du cerveau est particulièrement interdisciplinaire.

Il faut comprendre le langage de l’autre. L’interdisciplinarité n’est pas la mise en apposition d’une série de bureaux de spécialistes. Il faut créer des cadres de référence et un langage commun, une compréhension commune. Et c’est là le défi !

Comment vous êtes-vous intéressé à ce sujet?

Yves Joanette : La complexité du cerveau et son organisation fonctionnelle m’ont toujours fasciné. La communication, l’un des comportements propres à l’humain, est la porte d’entrée et sortie du cerveau !

L’être humain est social, il est connecté aux autres par la communication. Si on est frustré dans sa communication, si on ne se fait pas bien comprendre, on ne peut pas pleinement jouer son rôle dans la société.

Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Yves Joanette : La recherche fondamentale est nécessaire, mais la recherche appliquée et clinique offre le grand privilège de permettre de voir et de mesurer l’application concrète des connaissances développées, des outils imaginés et des approches au bénéfice de celles et ceux qui ont besoin de notre appui.

Il faut être passionné par la question sur laquelle on veut se pencher. Il faut que les grandes questions auxquelles on s’intéresse nous motivent au plus haut point.

Yves Joanette chez eValorix

Propos recueillis par Félix Vaillancourt.

Vieillissement à domicile et intelligence artificielle : entrevue avec Bruno Bouchard

Vieillissement à domicile et intelligence artificielle : entrevue avec Bruno Bouchard

Bruno Bouchard est professeur et chercheur au sein du département d’informatique et de mathématique de l’Université du Québec À Chicoutimi. Il est également associé au laboratoire LIARA, qu’il a cofondé en 2008.

Expertises

Intelligence artificielle, technologies d’assistance, technologies de la santé.

À quel besoin souhaitez-vous répondre avec votre recherche ?

Bruno Bouchard : Actuellement, au Québec comme ailleurs, le monde fait face à une crise démographique sans précédent ainsi qu’à un vieillissement accéléré de la population. Cette réalité-là est aggravée par un problème de pénurie de personnel qualifié, mais surtout un manque de ressources pour engager cedit personnel, notamment pour les soins à domicile dédiés aux personnes en perte d’autonomie. Je parle par exemple ici des personnes âgées, des gens qui souffrent d’Alzheimer, de déficiences cognitives légères, mais aussi des personnes plus jeunes comme celles qui souffrent de traumatismes crâniens ou de déficiences intellectuelles. Les gouvernements souhaitent, pour des raisons économiques et sociales, maintenir ces personnes-là à domicile le plus possible. Il est vrai que cette pratique est souhaitable : cela améliore la qualité de vie des personnes qui peuvent vivre aussi normalement que possible et avoir une existence digne, sans ségrégation des hôpitaux. Le problème que l’on rencontre aujourd’hui, c’est que ce maintien à domicile comporte des risques et des problématiques importantes. C’est ici que nous avons un rôle à jouer en tant que chercheurs. Les environnements physiques et humains des résidents, les appartements, les lieux, tout cela doit être adapté voir augmenté grâce à la technologie. Cela permet de répondre aux besoins des personnes, pallier à leurs incapacités cognitives et physiques et assurer leur sécurité. Cela met également à disposition des outils informatiques qui permettent de supporter les proches aidants et les professionnels de la santé pour qu’ils puissent faire un meilleur travail : supporter un plus grand nombre de patients, faire une partie de leur travail à distance… Nos recherches s’inscrivent donc dans le concept d’habitat intelligent. Nous sommes à la frontière entre intelligence artificielle ambiante et santé : en tant que spécialistes en intelligence artificielle, on applique notre technique dans le domaine de la santé. Nous utilisons de nombreux dispositifs électroniques. Par exemple, nous travaillons avec une grande panoplie de capteurs que l’on intègre un peu partout dans les objets du quotidien : les portes d’armoire, les cuisinières, les lampes… On utilise également des capteurs biométriques, lorsque l’on souhaite par exemple équiper la personne d’une montre intelligente. Nous pouvons également avoir besoin de capteurs de luminosité, de capteurs ultrasons ou infrarouges. Le but est de les intégrer dans l’appartement de la manière la plus transparente possible et de comprendre ce que la personne est en train de faire. Ainsi, nous pouvons détecter les situations à risques, ou celles où la personne aura besoin d’assistance, et l’aider. Prenez cet exemple : une personne qui souffre de déficience cognitive démarre la cuisinière pour faire à manger. Elle fait bouillir quelque chose et soudainement, le téléphone sonne. Elle va aller répondre au téléphone, il va y avoir une potentielle surcharge cognitive et elle va oublier qu’elle est en train de faire la cuisine. Elle va ensuite aller lire un livre dans sa chambre. C’est typiquement ce genre de situation qu’on veut être apte à détecter et à corriger. Attention : nous ne sommes pas dans une approche d’automatisation ! Même s’il est possible de prendre le contrôle de la cuisinière et de la couper, ce n’est pas ce qu’on va faire en premier lieu. Nous allons tenter de ramener la personne à son activité. Par exemple, nous pouvons faire flasher les lumières de sa maison pour faire un chemin qui la ramènera dans la cuisine, et une fois dans la cuisine, prendre le contrôle de l’iPad qui est sur le réfrigérateur pour lui envoyer une vidéo qui lui indiquera de fermer son poêle. Notre but, c’est l’autonomisation. On souhaite que la personne réussisse à corriger ses erreurs par elle-même, mais évidemment, s’il y a un danger immédiat, on va intervenir plus directement.

Quels sont les défis dans votre champ de recherche ?

Bruno Bouchard : La technologie pour faire tout ce que l’on souhaite faire existe déjà. Les capteurs dont on a besoin pour aller chercher l’information existent, les effecteurs qui nous servent à guider la personne lorsque l’on veut l’aider à faire quelque chose existent également. On se sert d’écrans sur lesquels envoyer des images, de haut-parleurs, de lumières pour pointer et flasher, de bras robotisés, tout cela existe. Notre principal verrou scientifique, c’est d’être capable de réunir les informations et de créer une intelligence artificielle qui sera capable d’exploiter toute cette masse de données là pour être capable de synthétiser une solution. Le défi majeur est bien là : comment partir des milliers de données brutes provenant des capteurs (mouvement d’un objet, baisse de luminosité) pour être capables de sélectionner les données pertinentes ? Comment les traiter intelligemment pour être capable de comprendre quelle est l’action en cours, la présence ou non de danger ou d’erreur cognitive ? Notre objectif est d’être capables de nettoyer et sélectionner les données pour comprendre le sens des activités de la personne. Le premier challenge scientifique rencontré au laboratoire concerne les modèles d’intelligence artificielle pour la reconnaissance d’activités en temps réel. Le deuxième grand problème, c’est l’apprentissage machine : comment passer d’un historique de données à des déductions de comportements ou de tendances pour savoir ce qui est normal et ce qui ne l’est pas ? Comment peut-on apprendre les routines et les habitudes de vie des personnes automatiquement à partir d’apprentissage machine pour mieux pouvoir les assister ? Troisièmement, il faut être capable de construire une solution d’assistance en temps réel. Si je sais que la personne est en train de faire telle activité à tel endroit, il faut que je construise rapidement une solution d’assistance qui est adaptée à cette erreur-là pour l’aider. Ici encore, c’est un algorithme d’intelligence artificielle qui va analyser les appareils disponibles dans la pièce pour lui envoyer des indices afin de lui dire où aller et quoi faire. Il faut analyser les modalités disponibles ainsi que les différentes options pour construire dynamiquement une solution d’urgence.

Comment vous êtes-vous intéressé à ce sujet ?

Bruno Bouchard : Cela s’est fait plutôt naturellement. J’ai fait une maitrise à l’UQAM en informatique en intelligence artificielle, mais plus axée sur le commerce électronique. Lorsque j’ai débuté mes études doctorales à l’université de Sherbrooke, j’ai découvert un nouveau laboratoire qui venait tout juste d’être construit, le laboratoire Domus. Ce dernier se voulait multidisciplinaire, avec un programme qui portait sur la domotique dans les résidences. La recherche tournait autour de la disposition de capteurs et d’effecteurs dans les résidences, leur exploitation, et les différentes applications. La santé était une application parmi les autres, au départ d’importance réduite, mais vouée à une croissance fulgurante au fil du temps. Quand je suis arrivé là, de me dégager un projet en adéquation avec mon expertise en intelligence artificielle et avec le domaine du laboratoire. J’ai tout de suite pensé au maintien à domicile, et j’ai donc fait de nombreuses recherches sur le sujet. À ma connaissance, cette initiative était parmi les premières dans le domaine au Québec. J’ai regardé comment je pouvais exploiter mes connaissances en intelligence artificielle pour les utiliser pour la reconnaissance d’activités de personnes souffrant d’Alzheimer, et j’en ai fait mon sujet de thèse. Les recherches que j’ai faites ont été l’embryon du programme de recherche plus large de l’équipe du laboratoire. Par la suite, j’ai effectué un stage post doctoral à l’université de Toronto en technologies d’assistance. Quand j’ai eu mon poste à l’UQAC, il n’y avait rien dans ce domaine-ci. Avec l’expérience que j’avais, j’ai proposé à la direction de fonder ici, un laboratoire dédié sur la recherche dans le créneau de l’intelligence ambiante pour le domaine de la santé. Cela a été accepté. J’ai donc démarré un nouveau laboratoire avec mon collègue Abdenour Bouzouane il y a environ une dizaine d’années.

Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Bruno Bouchard : Je lui dirais tout d’abord que c’est un domaine très captivant et en plein essor. Les perspectives au niveau de l’emploi, de la recherche et du développement sont phénoménales. Il y a un nombre incroyable d’entreprises qui démarrent dans le domaine des technologies de la santé. Le marché des technologies est en pleine augmentation un peu partout dans les pays occidentaux. L’intelligence artificielle fait des bonds de géants et est de nos jours très tendance, beaucoup d’entreprises prennent le virage. L’expertise que l’on vient chercher dans ce domaine-là, c’est de l’expertise que l’on peut réutiliser vraiment partout : reconnaitre des activités humaines dans un appartement ou reconnaitre d’autres activités, cela ne fait pas grande différence. En parallèle, les technologies dans le domaine de la santé sont en pleine expansion aussi. D’un côté, il y a l’essor de l’intelligence artificielle, mais il y a aussi de plus en plus d’argent investi dans les technologies de la santé pour trouver des solutions technologiques aux problèmes de vieillissement de la population. Travailler à la frontière entre ces deux domaines d’avenir est donc vraiment captivant ! De plus, les produits que l’on développe apportent une solution concrète aux gens : leur satisfaction est motivante, tout autant que le fait de voir le fruit de nos recherches sous une forme physique. Par exemple, nous avons conçu une cuisinière intelligente pour les personnes atteintes d’Alzheimer : c’était un aboutissement très gratifiant !

Bruno Bouchard chez eValorix

Texte par Camille Briquet
Propos recueillis par Camille Briquet

Jacqueline Rousseau et le maintien à domicile des personnes âgées

Jacqueline Rousseau et le maintien à domicile des personnes âgéesJacqueline Rousseau Ph.D, est ergothérapeute et professeure titulaire au programme d’ergothérapie de l’École de réadaptation de l’Université de Montréal. Elle est également chercheuse au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (CRIUGM) et directrice du laboratoire RE-PÈR+E (RElation PERsonne-Environnement). Jacqueline Rousseau est Lauréate du Mérite du Conseil Interprofessionnel du Québec (CIQ)-2010, pour s’être distinguée au service de sa profession et de son ordre professionnel.

Expertises

Maintien à domicile et dans la communauté, développement d’instruments d’évaluation, gérontechnologies, accessibilité universelle et personnalisée.

À quel besoin souhaitez-vous répondre avec votre recherche?

Jacqueline Rousseau : Mes principales activités de recherche concernent le maintien à domicile des personnes âgées. Je développe des instruments d’évaluation afin de mieux comprendre la communauté vieillissante à domicile et je m’adonne à mettre sur pied des technologies pour venir en aide à ces personnes âgées ainsi qu’à leurs proches aidants. Le but est de faciliter le travail des intervenants et de permettre aux aînés de demeurer à domicile dans les meilleures conditions. Les personnes âgées souhaitent demeurer le plus longtemps possible à la maison et ce phénomène est de plus en plus d’actualité au Québec compte tenu du taux de vieillissement parmi les plus élevés au monde. Notre priorité est d’effectuer de la recherche pour réduire leur nombre en institution. L’objectif est de maintenir leur qualité de vie et de favoriser le « bien vieillir » dans la communauté. On observe d’ailleurs des changements positifs dans le domaine. En effet, l’Organisation mondiale de la santé appuie maintenant les villes amies des aînés. Ces municipalités favorisent le maintien à domicile en rendant notamment le transport et les ensembles résidentiels mieux adaptés aux personnes âgées et à mobilité réduite. Par exemple, certaines de ces municipalités se préoccupent d’avoir des feux de circulation avec un délai plus long pour permettre aux personnes âgées de traverser la rue de façon sécuritaire.

En somme, l’essentiel est de trouver des applications concrètes aux résultats de recherches. Les stratégies et les outils développés grâce à la recherche doivent être concertés avec les personnes âgées, les aidants et les intervenants pour ainsi s’assurer qu’ils peuvent être utiles. Il est primordial d’adapter les stratégies selon l’opinion des personnes directement concernées.

Quels sont les défis dans votre champ de recherche?

Jacqueline Rousseau : Le plus grand défi est de financer les projets de recherche afin de les réaliser en temps opportun. Il faudrait davantage de bourses pour les étudiantes et étudiants pour assurer une bonne relève dans les domaines liés au vieillissement. L’intérêt des étudiants est là, mais le financement de leurs études et de leurs projets de recherche est insuffisant.

De plus, les changements actuels dans le réseau de la santé et des services sociaux complexifient non seulement le travail des gens concernés, mais également la réalisation des projets de recherche.

Comment vous êtes-vous intéressé à ce sujet?

Jacqueline Rousseau : Mon intérêt a débuté lorsque j’étais clinicienne en tant qu’ergothérapeute dans une équipe de maintien à domicile. C’était une des équipes pionnières au Québec à participer à la réadaptation dans les programmes de maintien à domicile. Mon intérêt s’est développé en constatant qu’il y avait beaucoup de connaissances à parfaire. En effet, j’ai constaté que la pratique clinique aurait avantage à être appuyée par de nouvelles études. Après 10 ans de pratique clinique, j’ai entamé une maîtrise puis un doctorat en recherche. Ces études et mon expérience m’ont mené vers une carrière universitaire et de recherche.

Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Jacqueline Rousseau : Je dirais qu’il est primordial d’être passionné par ce que l’on fait,  il ne faut jamais perdre sa créativité ni freiner ses idées. Ce sont souvent les idées vues comme étant ‘’trop d’envergure’’ qui nous mènent de l’avant et font progresser les choses. Il ne faut pas se laisser décourager par le contexte économique et les problématiques du secteur de la santé. Malgré les compressions budgétaires et les changements de structures dans le secteur de la santé, il faut pousser les décideurs à encourager la recherche et à comprendre l’importance du maintien à domicile. Le Québec se positionne d’ailleurs assez bien dans le maintien à domicile de ses aînés et il est important de ne pas reculer. L’autonomie des personnes âgées est favorable à tous, et ce, même d’un point de vue économique. Il est selon moi crucial que les décisions soient prises de façon à appuyer le maintien à domicile.

Jacqueline Rousseau chez eValorix

Texte par Camille Briquet.
Propos recueillis par Félix Vaillancourt.

Yves Couturier sur l’adaptation du système de santé face au vieillissement de population

Yves Couturier sur l’adaptation du système de santé face au vieillissement de populationYves Couturier est professeur à l’École de travail social de l’Université de Sherbrooke. Il est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les pratiques professionnelles d’intégration de services en gérontologie et a un doctorat en sciences humaines appliquées de l’Université de Montréal

Expertise

Pratiques professionnelles d’intégration des services en gérontologie

À quel besoin souhaitez-vous répondre avec vos recherches?

Yves Couturier : Le Canada connaît une évolution démographique très importante, la société québécoise est actuellement l’une des plus sujettes au vieillissement de population. Ce changement démographique requiert une révision des méthodes de prestation des services de santés et de services sociaux. Ces services étaient autrefois destinés à une population, qui lorsque malade, mourrait subitement. Aujourd’hui, la réalité changeante se définit par une population qui souffre et décède majoritairement de maladies chroniques.  Ma mission est de développer de bonnes manières pour mieux organiser les services, dans un contexte d’émergence de maladies chroniques. Il s’agit d’améliorer les façons de travailler avec des personnes âgées demeurant à domicile. Le but est d’éviter, autant que possible, les CHSLD et les hôpitaux. Ces structures sont coûteuses et peuvent s’avérer dangereuses pour les aînés. Une personne âgée en CHSLD, alitée, est moins active qu’à domicile. Elle n’est pas mobilisée quotidiennement et cours le risque de développer des maladies nosocomiales, soit des maladies contractées dans un établissement de santé. Il n’est pas rare que le système de santé actuel contribue involontairement à la perte d’autonomie. Il arrive qu’une personne continente à son entrée en CHSLD devienne incontinente au bout de quelques mois. Le travail des employés n’est pas à blâmer, c’est plutôt signe que la réponse aux besoins offerte en établissement de santé n’est pas la mieux adaptée.

J’œuvre actuellement en France à la formation de gestionnaires de cas. Ces professionnels coordonnent les services dédiés aux personnes ayant des problèmes de santé complexes. Cette coordination requiert une étroite collaboration entre les infirmières, l’aide sociale, les médecins, mais aussi les proches aidants. Je travaille à suivre l’implantation de cette coordination en France et au Québec. Par ailleurs, je m’adonne à la documentation de la mise en œuvre d’un plan gouvernemental pour les maladies de type Alzheimer. Pour en retirer des leçons, je suis les répercussions de ce plan implanté depuis près de 2 ans et demi dans 19 projets pilotes au Québec. Faute de détenir une réelle solution curative à la maladie d’Alzheimer, le plan a pour mission de prendre en charge, avec le malade et ses proches, l’ensemble des effets de la maladie sur sa vie quotidienne. Ce plan Alzheimer est par ailleurs sur le point d’être étendu dans le réseau de la santé.

Quels sont les défis dans votre champ de recherche?

Yves Couturier : Le plus grand défi est la lenteur de l’évolution du système de santé. La résistance et le manque de proactivité de L’État ralentit le passage de l’idée prometteuse à la pratique concrète. Le manque de moyens, de formation et d’accompagnement mine le changement.

Comment vous êtes-vous intéressé à ce sujet?

Yves Couturier : Ma thèse de doctorat m’a permis d’être exposé à des pratiques de professionnels de la santé travaillant dans le contexte du vieillissement. Bien qu’intéressantes, ces pratiques étaient mal documentées, car la plupart des jeunes chercheurs s’intéressent peu au vieillissement. Je m’y suis alors attardé.

Que diriez-vous à quelqu’un qui débute dans votre domaine?

Yves Couturier : Il est aisé de prédire de bonnes perspectives d’emplois, car les besoins sont là. Les années à venir prédisent des besoins grandissants impliquant que plus de la moitié des jeunes professionnels de la santé travailleront pour cette clientèle vieillissante. D’autre part, cette clientèle complexe offre des défis cliniques plus importants et représente de vrais défis scientifiques et professionnels. Les problèmes sont complexes, car ils relèvent souvent de plusieurs conditions qui interagissent. Cette complexité et cette multiplicité des dimensions, selon moi, devraient être source d’intéressement pour de futurs professionnels de la santé.

Yves Couturier chez eValorix

Texte par Fanny Vadnais
Propos recueillis par Félix Vaillancourt